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Salaire

Prime de partage de la valeur : ce qui change au 1er janvier 2027

Jusqu'au 31 décembre 2026, la prime de partage de la valeur échappe encore à l'impôt pour certains salariés. Au 1er janvier 2027, elle devient imposable pour tous.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 8 min de lecture
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Une artisane concentrée grave une pièce de bois dans son atelier lumineux
Dans les entreprises de moins de 50 salariés, la prime de partage de la valeur reste totalement défiscalisée jusqu'au 31 décembre 2026, sous condition de rémunération.

La prime de partage de la valeur perd son principal avantage fiscal au 1er janvier 2027. Jusqu’au 31 décembre 2026, si vous travaillez dans une entreprise de moins de 50 salariés et que votre rémunération des douze mois précédents reste inférieure à trois fois le SMIC annuel, cette prime vous arrive nette d’impôt sur le revenu, de CSG-CRDS et de cotisations. À partir du 1er janvier 2027, quelle que soit la taille de votre entreprise et quel que soit votre salaire, elle sera soumise à l’impôt sur le revenu et à la CSG-CRDS. Une seule échappatoire subsiste, et elle se joue au moment du versement.

5,6 millions

de salariés ont touché la prime en 2023, selon la DARES

901 €

de montant moyen brut par bénéficiaire en 2023

3 000 €

de plafond d’exonération par salarié et par an

La prime de partage de la valeur, c’est quoi exactement ?

Créée par la loi du 16 août 2022 sur la protection du pouvoir d’achat, la prime de partage de la valeur remplace l’ancienne prime Macron. Elle peut être versée par tout employeur de droit privé, quel que soit son effectif, ainsi que par les établissements publics à caractère industriel et commercial et par les ESAT.

Deux points comptent pour vous. D’abord, son montant et sa répartition sont à la main de l’employeur seul. Il peut la verser de manière uniforme, ou la moduler selon cinq critères, et cinq seulement : la rémunération, le niveau de classification, l’ancienneté dans l’entreprise, la durée de présence effective sur l’année écoulée et la durée de travail prévue au contrat. Aucun autre critère n’est autorisé. Ensuite, son versement doit apparaître sur une ligne dédiée de votre bulletin de paie, le mois où vous la touchez.

Les apprentis y ont droit dans les mêmes conditions que les autres salariés. Les stagiaires, non. Les intérimaires en bénéficient lorsque l’entreprise utilisatrice en verse une à ses propres salariés. Si vous négociez actuellement votre package, ce dispositif fait partie des éléments à intégrer dans votre rémunération globale, au même titre que l’intéressement ou les avantages en nature.

Ce qui change vraiment au 1er janvier 2027

Aujourd’hui, votre traitement fiscal dépend de deux paramètres : l’effectif de votre entreprise et votre rémunération des douze mois précédant le versement. À partir du 1er janvier 2027, ces deux paramètres disparaissent. Tout le monde est logé à la même enseigne, comme le confirme le ministère de l’Économie dans sa fiche mise à jour le 2 avril 2026.

Votre situation Prime versée jusqu’au 31 décembre 2026 Prime versée à partir du 1er janvier 2027
Entreprise de moins de 50 salariés, rémunération inférieure à 3 SMIC annuels Exonérée de cotisations, de CSG-CRDS et d’impôt sur le revenu Exonérée de cotisations, mais soumise à la CSG-CRDS et à l’impôt sur le revenu
Entreprise de moins de 50 salariés, rémunération supérieure à 3 SMIC annuels Exonérée de cotisations, soumise à la CSG-CRDS et à l’impôt sur le revenu Inchangé
Entreprise de 50 salariés et plus, quelle que soit la rémunération Exonérée de cotisations de Sécurité sociale, soumise à la CSG-CRDS et à l’impôt sur le revenu Inchangé

Autrement dit, la bascule ne concerne qu’une population, mais elle est nombreuse : les salariés des petites entreprises payés en dessous de trois SMIC annuels. Pour eux, une prime encaissée en décembre 2026 arrive intacte, alors que la même somme versée en janvier 2027 supporte la CSG-CRDS puis s’ajoute au revenu imposable de l’année.

Le réflexe qui annule l’impôt, même après 2027

Il reste une porte de sortie, et elle est explicitement prévue par les textes. Si vous affectez tout ou partie de votre prime à un plan d’épargne salariale, un plan d’épargne entreprise par exemple, ou à un plan d’épargne retraite d’entreprise, la somme ainsi placée reste exonérée d’impôt sur le revenu dans les limites prévues. Cette possibilité existe depuis le 1er décembre 2023 et ne disparaît pas en 2027.

La contrepartie est réelle : l’argent placé sur un plan d’épargne salariale est bloqué cinq ans, sauf cas de déblocage anticipé, et jusqu’à la retraite sur un PER, sauf exceptions. Vous arbitrez donc entre du cash immédiat imposé et de l’épargne défiscalisée mais indisponible. Votre employeur peut d’ailleurs abonder la somme que vous placez, ce qui change complètement le calcul.

Ce que votre employeur n’a pas le droit de faire

La prime de partage de la valeur ne peut en aucun cas se substituer à votre rémunération. Ni à un élément de salaire, ni à une augmentation, ni à une prime déjà prévue par un accord salarial, votre contrat de travail ou les usages de l’entreprise. Si votre employeur remplace votre augmentation annuelle par une prime exonérée, il sort du cadre légal. C’est un point à connaître avant votre prochain entretien de demande d’augmentation, d’autant que les budgets d’augmentation restent contraints : ils se sont établis à 1,73 % en moyenne en 2026.

Autre garde-fou : les congés de maternité, de paternité, d’adoption et d’éducation des enfants sont assimilés à des périodes de présence effective. Ils ne peuvent donc pas réduire le montant de votre prime lorsque l’employeur module selon la durée de présence.

Enfin, deux primes maximum peuvent être attribuées au titre d’une même année civile, avec un versement par trimestre au maximum. Si votre employeur vous en promet trois, il y a un problème quelque part.

Questions fréquentes sur la prime de partage de la valeur

Mon employeur est-il obligé de me verser une prime de partage de la valeur ?

Non. Le versement de la prime de partage de la valeur reste facultatif et relève d’un accord d’entreprise ou d’une décision unilatérale de l’employeur, qui informe au préalable le comité social et économique. En revanche, certaines entreprises sont tenues de mettre en place un dispositif de partage de la valeur, ce qui peut passer par cette prime comme par l’intéressement ou la participation.

Que se passe-t-il si ma prime dépasse 3 000 euros ?

Le plafond d’exonération est de 3 000 euros par bénéficiaire et par année civile, porté à 6 000 euros lorsque l’entreprise applique un dispositif d’intéressement ou de participation dans les conditions prévues. Selon l’Urssaf, la fraction qui dépasse ce plafond supporte les cotisations de Sécurité sociale comme un élément de salaire classique.

Je suis intérimaire, puis-je en bénéficier ?

Oui, si l’entreprise utilisatrice dans laquelle vous êtes mis à disposition verse une prime à ses propres salariés. Elle vous est alors versée par votre entreprise de travail temporaire, selon les modalités fixées par l’entreprise utilisatrice.

La prime est-elle prise en compte dans mon salaire de référence ?

La prime de partage de la valeur est un complément de rémunération distinct du salaire, elle ne peut pas s’y substituer. Pour situer votre rémunération de base par rapport au marché, mieux vaut raisonner sur votre salaire fixe : notre article sur le salaire moyen en France donne les repères par catégorie.

Quand dois-je décider d’affecter ma prime à l’épargne salariale ?

Avant le versement. Une fois la prime portée sur votre bulletin de paie et virée sur votre compte, l’affectation à un plan d’épargne salariale ou à un plan d’épargne retraite n’est plus possible pour cette somme. Vérifiez auprès de votre service paie le délai dont vous disposez pour vous positionner.

Sources primaires consultées le 31 août 2026 : Urssaf, ministère de l’Économie et DARES Focus n° 13 du 26 mars 2026.

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