Augmentation de salaire : votre vrai gain n’est que de 0,2 %
Les salaires de base ont progressé de 1,9 % sur un an en France. Une fois l'inflation déduite, le gain réel tombe à 0,2 %, et il n'est pas réparti pareil.
Votre salaire de base a bien augmenté cette année. De 1,9 % sur un an à fin juin 2026, selon les résultats provisoires de l’enquête Acemo publiés par la Dares le 6 août 2026. Mais les prix à la consommation ont progressé de 1,7 % sur la même période. Une fois l’inflation déduite, le gain réel tombe à 0,2 %. Sur un salaire de 2 000 euros par mois, cela représente environ 4 euros de pouvoir d’achat supplémentaire. Et ce gain minuscule n’est pas réparti de la même façon selon votre catégorie et votre secteur.
1,9 %
Hausse du salaire mensuel de base sur un an, à fin juin 2026
0,2 %
Ce qu’il en reste une fois l’inflation déduite
2,3 %
La hausse chez les employés, la plus forte des quatre catégories
29 %
Les entreprises qui prévoient encore une augmentation générale
Pourquoi une augmentation de salaire de 1,9 % ne laisse que 0,2 %
La confusion vient d’un mot manquant. Quand un employeur annonce une augmentation de 1,9 %, il parle en euros courants. Ce qui compte pour vous, ce sont les euros constants, c’est-à-dire ce que votre salaire achète réellement une fois la hausse des prix retirée.
Au deuxième trimestre 2026, l’indice du salaire mensuel de base progresse de 0,7 % sur le trimestre et de 1,9 % sur un an, d’après la note Dares Indicateurs consacrée aux salaires de base du secteur privé. L’indice du salaire horaire de base des ouvriers et des employés fait un peu mieux, à 2,1 % sur un an. Face à cela, les prix hors tabac ont augmenté de 1,7 % entre juin 2025 et juin 2026. Résultat : 0,2 % de gain réel pour le salaire mensuel de base, 0,3 % pour le salaire horaire des ouvriers et employés.
C’est positif, et c’est une rupture avec les années 2022 à 2024, où beaucoup de salariés perdaient du pouvoir d’achat malgré des augmentations nominales élevées. Mais à ce rythme, il faudrait une quinzaine d’années pour reconstituer 3 % de pouvoir d’achat. Ces chiffres sont provisoires, établis sur 11 500 questionnaires reçus au 30 juillet 2026. Les résultats définitifs sont attendus le 25 septembre 2026.
Employés, cadres, ouvriers : qui gagne vraiment quelque chose
La moyenne nationale masque quatre situations très différentes. Ce sont les employés qui s’en sortent le mieux, portés par les revalorisations successives du SMIC qui tirent le bas des grilles vers le haut. Les cadres, eux, encaissent une hausse nominale correcte mais ne gagnent presque rien en réel.
| Catégorie | Hausse sur un an | Gain réel (euros constants) |
|---|---|---|
| Employés | +2,3 % | +0,5 % |
| Ouvriers | +1,8 % | +0,1 % |
| Cadres | +1,8 % | +0,1 % |
| Professions intermédiaires | +1,7 % | Stable |
| Ensemble des salariés | +1,9 % | +0,2 % |
Par secteur, l’industrie tire son épingle du jeu avec 2,1 % sur un an et 0,4 % de gain réel. Le tertiaire suit à 1,9 % nominal et 0,2 % réel. La construction affiche 1,9 % nominal mais un pouvoir d’achat stable. Ces écarts confirment ce que montrait déjà notre analyse des écarts de pouvoir d’achat entre cadres et employés : la hiérarchie des salaires ne bouge pas, mais la hiérarchie des progressions, si.
L’augmentation générale a presque disparu
Le deuxième changement est structurel, et il pèsera plus lourd que les décimales ci-dessus. L’augmentation générale, celle qui s’applique à tout le monde sans distinction, est en train de sortir des pratiques. Selon l’enquête Salary Budget Planning de WTW, menée auprès de plus de 900 entreprises en France et publiée en janvier 2026, seules 29 % des entreprises prévoyaient encore une augmentation générale pour 2026, contre 61 % l’année précédente. Dans le même temps, 100 % de celles qui augmentent s’appuient sur des critères individuels : mérite, promotion, compétences rares.
Autre chiffre de la même enquête : les salariés identifiés comme performances exceptionnelles peuvent obtenir jusqu’à 4,9 %. Soit près de trois fois la moyenne. L’enveloppe globale ne grossit pas, elle se concentre.
Côté négociations collectives, la tendance est cohérente. Le benchmark de 800 accords de négociation annuelle obligatoire réalisé par le Groupe Alpha situe l’augmentation moyenne négociée pour 2026 à 1,73 %, contre 2,27 % en 2025 et 3,5 % en 2024. Nous avions détaillé ce que cela annonce pour la suite dans notre article sur les prévisions d’augmentations pour 2027.
Ce que ça change pour votre prochaine négociation
Trois conséquences pratiques, valables dès la rentrée 2026.
Attendre ne rapporte plus rien. Dans sept entreprises sur dix, il n’y a plus de hausse automatique à espérer en fin d’année. Si vous ne demandez pas, le plus probable est que vous n’aurez rien. Notre méthode pour demander une augmentation de salaire reste la base à travailler avant le rendez-vous.
Le point de comparaison a changé. Arriver en disant que l’inflation était à 1,7 % ne suffit plus, puisque l’entreprise vous répondra qu’elle a déjà donné 1,9 %. L’argument qui porte en 2026 est celui de la contribution mesurable : ce que vous avez livré, ce que cela a rapporté ou économisé, et ce que coûterait votre remplacement.
La transparence devient votre alliée. Les obligations issues de la directive européenne sur la transparence des rémunérations obligent progressivement les employeurs à justifier les écarts. C’est une porte d’entrée légitime pour demander sur quels critères votre augmentation a été calculée. Nous avons décrypté le calendrier et le contenu de ces obligations dans notre article sur la transparence salariale en France.
Enfin, si votre rémunération est proche du salaire minimum, le levier n’est pas le même : la revalorisation légale fait une partie du travail à votre place, comme le rappelle notre point sur le montant du SMIC en 2026.
Questions fréquentes
Mon salaire a augmenté, pourquoi je ne le sens pas ?
Parce que la hausse nominale et le pouvoir d’achat sont deux choses différentes. Une augmentation de 1,9 % face à une inflation de 1,7 % ne laisse que 0,2 % de gain réel, soit quelques euros par mois sur un salaire moyen. La sensation d’immobilité est mathématiquement justifiée.
Quelle augmentation demander en 2026 ?
Il n’existe pas de chiffre universel. Le repère de marché se situe autour de 1,73 % pour les accords négociés selon le Groupe Alpha, mais les enveloppes individuelles peuvent monter jusqu’à 4,9 % pour les profils jugés critiques par leur employeur. Demander l’équivalent du marché sans argument de contribution vous placera dans la moyenne basse.
Les cadres sont-ils moins bien traités que les employés ?
Sur l’année écoulée, les employés ont enregistré la plus forte progression (+2,3 % contre +1,8 % pour les cadres), essentiellement parce que les revalorisations du SMIC poussent le bas des grilles. Cela ne signifie pas que les cadres sont moins bien payés, mais que leur salaire progresse aujourd’hui moins vite en pourcentage.
Ces chiffres sont-ils définitifs ?
Non. Il s’agit des résultats provisoires de l’enquête Acemo de la Dares, établis sur 11 500 questionnaires reçus au 30 juillet 2026. Les résultats définitifs du deuxième trimestre 2026 doivent être publiés le 25 septembre 2026 et peuvent faire bouger les décimales.
Guillaume Coudert