CDI senior : ce que le contrat de valorisation change à 60 ans
Depuis la loi du 24 octobre 2025, un CDI est réservé aux demandeurs d'emploi de 60 ans et plus. Qui peut en bénéficier, et ce qu'il change vraiment.
Le contrat de valorisation de l’expérience, ou CVE, est un contrat à durée indéterminée créé pour faciliter l’embauche des seniors. Il est ouvert aux demandeurs d’emploi inscrits à France Travail d’au moins 60 ans, ou dès 57 ans si un accord de branche étendu le prévoit. Il a été créé à titre expérimental pour une durée de cinq ans à compter de la publication de la loi du 24 octobre 2025. Objectif affiché : lever les freins au recrutement des profils expérimentés et leur permettre de compléter leurs droits pour partir à taux plein.
Qui peut signer un contrat de valorisation de l’expérience ?
Les conditions d’accès sont précises. Il faut être inscrit comme demandeur d’emploi auprès de France Travail et avoir au moins 60 ans. Le seuil descend à 57 ans dans les branches professionnelles où un accord étendu le prévoit, ce qui suppose de vérifier la convention collective du secteur visé avant de postuler.
60 ans
l’âge d’accès au CVE, ou 57 ans si un accord de branche étendu le prévoit
5 ans
la durée de l’expérimentation, à compter de la publication de la loi du 24 octobre 2025
300 salariés
le seuil à partir duquel les entreprises doivent négocier sur l’emploi des salariés expérimentés
Ce contrat est né de l’accord national interprofessionnel en faveur de l’emploi des salariés expérimentés, conclu le 14 novembre 2024 par les partenaires sociaux, puis transposé par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025. La fiche officielle du ministère du Travail sur le CVE, mise à jour en janvier 2026, en fixe le cadre.
Ce que le CVE change par rapport à un CDI classique
Le CVE est un contrat à durée indéterminée. Il n’est donc ni un CDD senior, ni un contrat aidé au sens habituel du terme. La différence tient à sa finalité : il est conçu pour accompagner un salarié jusqu’à l’ouverture de ses droits à une retraite à taux plein, ce qui donne à l’employeur une visibilité qu’il n’a pas sur un CDI ordinaire.
C’est précisément ce point qui vise le vrai frein du recrutement des seniors. Un employeur hésite rarement sur les compétences d’un candidat de 60 ans. Il hésite sur l’horizon, et sur le coût d’une séparation qu’il ne sait pas anticiper. Le CVE apporte une réponse à cette incertitude, à charge pour le candidat de s’en saisir comme d’un argument de négociation plutôt que de le subir.
Les autres mesures de la loi qui vous concernent
Le CVE n’est qu’une pièce d’un ensemble plus large. La loi du 24 octobre 2025 impose aux branches professionnelles et aux entreprises d’au moins 300 salariés de négocier régulièrement sur quatre sujets : le recrutement des salariés expérimentés, leur maintien dans l’emploi, l’aménagement des fins de carrière et la transmission des savoirs et des compétences. Si vous travaillez dans une entreprise de cette taille, ces négociations produisent des dispositifs concrets qu’il faut aller chercher.
L’entretien professionnel devient un entretien de parcours
L’entretien professionnel est rebaptisé « entretien de parcours professionnel » et voit son rôle renforcé comme outil de gestion de carrière. La loi cherche aussi à mieux articuler ce rendez-vous avec les visites médicales, pour anticiper les secondes parties de carrière plutôt que de les traiter dans l’urgence.
La retraite progressive avancée à 60 ans
L’accès au temps partiel dans le cadre d’une retraite progressive est facilité et devient possible dès 60 ans, contre 62 ans auparavant. Pour un salarié qui souhaite lever le pied sans quitter l’emploi, c’est un levier réel. Encore faut-il en connaître l’effet sur sa pension future : un simulateur de calcul de retraite permet de chiffrer l’arbitrage avant de le proposer.
Un dispositif unique pour les reconversions
La loi transpose également l’accord sur les transitions et reconversions professionnelles de juin 2025. Les dispositifs de transition collective et de reconversion ou promotion par l’alternance fusionnent dans un mécanisme unique, censé simplifier les transitions internes comme externes.
Comment s’en servir quand on cherche un emploi après 55 ans
Un texte de loi ne décroche pas un poste. Trois réflexes en tirent une utilité concrète. Vérifiez d’abord si votre branche a signé un accord étendu abaissant l’âge du CVE à 57 ans, ce qui élargit votre champ de candidature. Ensuite, chiffrez votre horizon retraite avant l’entretien : le nombre de trimestres manquants est votre argument, pas votre handicap. Enfin, visez les secteurs qui manquent structurellement de main-d’œuvre, où l’expérience se négocie mieux : les métiers en tension de 2026 restent le terrain le plus favorable.
Le reste relève de la méthode de recherche. Sur un marché prudent, la candidature spontanée massive donne peu de résultats, et les délais de recrutement en 2026 imposent d’anticiper. Une stratégie de recherche ciblée reste le meilleur investissement, quel que soit votre âge.
Questions fréquentes
Le CVE est-il un contrat précaire ?
Non, c’est un contrat à durée indéterminée. Sa particularité tient à sa finalité, l’accompagnement jusqu’aux droits à la retraite à taux plein, et à son statut expérimental sur cinq ans à compter de la publication de la loi du 24 octobre 2025.
Puis-je demander un CVE si j’ai 58 ans ?
Uniquement si un accord de branche étendu applicable au poste visé abaisse l’âge d’accès à 57 ans. À défaut, le seuil reste fixé à 60 ans. Cette vérification se fait convention collective par convention collective.
Faut-il être inscrit à France Travail pour en bénéficier ?
Oui. Le contrat de valorisation de l’expérience est réservé aux demandeurs d’emploi inscrits à France Travail. Un salarié en poste ne peut pas demander à basculer sur ce contrat auprès de son employeur actuel.
Sujets : Emploi Emploi 2026 Négociation Seniors
Guillaume Coudert