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La vie au travail

Origine du week-end : d’où viennent nos deux jours de repos ?

Du repos dominical de 1906 à la semaine de 40 heures de 1936 : l'origine du week-end, le mot venu d'Angleterre et ce que le droit du travail garantit en 2026.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 8 min de lecture
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Un salarié en costume gris quitte un immeuble de bureaux en béton, veste sur le bras, en fin de semaine
Fin de semaine à la sortie d'un immeuble de bureaux : un rituel qui n'a rien de naturel, il a fallu des siècles pour l'obtenir.

L’origine du week-end tient en trois étapes. Le dimanche chômé vient d’un édit de l’empereur Constantin en 321, mais en France il n’est devenu un droit du salarié qu’avec la loi du 13 juillet 1906 sur le repos hebdomadaire. Le samedi, lui, a été conquis plus tard : par les ouvrières du vêtement en 1917, par les salariés de Ford aux États-Unis en 1926, puis par la semaine de 40 heures votée en France le 21 juin 1936. Le mot, enfin, est anglais et bien plus ancien qu’on ne le croit.

Pourquoi le dimanche est-il devenu le jour de repos ?

Le point de départ est religieux et impérial. Le 7 mars 321, Constantin décrète que, le « jour vénérable du soleil », magistrats et habitants se reposent et que les ateliers ferment, les travaux des champs restant autorisés, comme le rappelle Hérodote.net.

En France, l’histoire fait ensuite des allers-retours. Une loi du 18 novembre 1814, sous la Restauration, rétablit le dimanche chômé après la Révolution. La IIIe République supprime cette obligation en 1880, dans un climat anticlérical et en pleine révolution industrielle. Pendant un quart de siècle, aucun texte n’oblige plus un patron à accorder un jour de repos par semaine.

La Saint-Lundi : le week-end que les ouvriers s’offraient eux-mêmes

Avant que la loi ne s’en mêle, une partie des ouvriers avait inventé sa propre pause. La Saint-Lundi consistait à chômer volontairement le lundi. L’historien Robert Beck, qui lui a consacré une étude (« Apogée et déclin de la Saint-Lundi »), rappelle que Louis-Sébastien Mercier la décrivait déjà à la fin du XVIIIe siècle comme une habitude indéracinable.

Elle culmine dans la première moitié du XIXe siècle, à Paris et dans les régions industrielles du Nord et de l’Est. Ses adeptes : surtout des ouvriers qualifiés, bien payés, travaillant à la pièce, souvent jeunes et célibataires. Au programme, guinguettes, bals et jeux, que le discours des élites réduisait à des beuveries. Après 1880, la pratique s’efface sous l’effet de la mécanisation, de la répression patronale et de la crise économique.

La leçon reste d’actualité : le temps libre n’a jamais été offert, il a d’abord été pris, puis négocié, puis inscrit dans la loi.

1906 : la loi qui impose enfin un jour de repos par semaine

La loi du 13 juillet 1906 rétablit un repos hebdomadaire obligatoire de 24 heures consécutives, donné en principe le dimanche, avec dès l’origine des dérogations pour les secteurs qui ne peuvent pas fermer (hôtellerie, restauration, établissements culturels). Selon Robert Beck, dans la revue Histoire, économie et société, elle est le fruit de trois influences : les arguments des hygiénistes sur la santé, le souci moral de la vie de famille ouvrière et la volonté de l’État d’encadrer les loisirs populaires. Il souligne aussi qu’il a fallu un véritable mouvement social, notamment chez les employés du commerce, pour que le texte soit voté.

Détail savoureux : malgré son ancrage dans la tradition catholique, la loi de 1906 ne comporte aucune dimension religieuse. Le dimanche devient un droit social, plus un commandement.

321

l’édit de Constantin qui ferme les ateliers le dimanche

1906

la loi française sur le repos hebdomadaire de 24 heures

1936

la semaine de 40 heures, souvent répartie sur cinq jours

20,7 %

des salariés ont travaillé au moins un dimanche sur quatre semaines en 2025 (DARES)

D’où vient le mot week-end ?

Le terme est anglais. D’après l’Online Etymology Dictionary, weekend apparaît dans les années 1630 dans le nord de l’Angleterre, où il désigne la période qui va du samedi midi au lundi matin. Son usage se généralise après 1878, et à la fin du XIXe siècle il englobe en général tout le samedi.

Le mot raconte donc l’histoire à lui seul : le week-end est d’abord une demi-journée arrachée au samedi, avant de devenir les deux jours pleins que l’on connaît.

Le samedi, une conquête du XXe siècle

En France, la première brèche s’appelle la « semaine anglaise ». La loi du 11 juin 1917 assure le repos du samedi après-midi aux ouvrières de tout âge des industries du vêtement, pendant la durée de la guerre et en attendant une loi générale.

Aux États-Unis, le tournant est industriel. Le 1er mai 1926, Ford Motor Company adopte la semaine de cinq jours et 40 heures pour ses ouvriers d’usine, avant de l’étendre aux employés de bureau en août 1927, selon History.com. L’entreprise, qui testait des horaires réduits depuis 1922, y voit un levier de productivité autant qu’un progrès pour la qualité de vie de ses ouvriers.

En France, la bascule vient du Front populaire. La loi du 21 juin 1936 fixe la durée du travail à 40 heures par semaine. Dans la pratique, beaucoup d’entreprises la répartissent sur cinq jours plutôt que de raccourcir six journées : le samedi chômé s’installe. L’acquis sera remis en cause dès la fin des années 1930, puis sous Vichy, avant de s’imposer durablement.

Date Ce qui change Pour qui
7 mars 321 Ateliers fermés le jour du soleil Empire romain, hors travaux agricoles
18 novembre 1814 Dimanche chômé rétabli France de la Restauration
1880 Obligation supprimée France de la IIIe République
13 juillet 1906 Repos hebdomadaire de 24 heures, en principe le dimanche Salariés, avec dérogations
11 juin 1917 Samedi après-midi libre Ouvrières du vêtement
1er mai 1926 Semaine de cinq jours et 40 heures Ouvriers de Ford aux États-Unis
21 juin 1936 Semaine de 40 heures Salariés français, hors agriculture

Le week-end en 2026 : un acquis moins universel qu’il n’y paraît

Juridiquement, le Code du travail ne garantit pas un week-end de deux jours. Il garantit trois choses : pas plus de six jours de travail par semaine (article L3132-1), un repos hebdomadaire d’au moins 24 heures consécutives, auquel s’ajoutent les 11 heures de repos quotidien (article L3132-2), et un repos donné en principe le dimanche (article L3132-3). Le samedi libre, lui, dépend de l’organisation du temps de travail dans votre entreprise et de votre convention collective.

Et le dimanche reste travaillé pour une partie importante des actifs. Selon les données de la DARES relayées en juin 2026, 23,2 % des personnes en emploi ont travaillé au moins un dimanche sur une période de quatre semaines en 2025, et 20,7 % des salariés. Selon la même source, la proportion grimpe à 47,3 % dans l’hébergement et la restauration et à 43,2 % dans la santé.

Le week-end a mis des siècles à se construire, et il se renégocie encore aujourd’hui, de la semaine de 4 jours au droit à la déconnexion tranché par la Cour de cassation. Pour aller plus loin sur votre temps libre, voyez aussi les ponts à poser en 2027, et ce que disent les chiffres sur l’engagement au travail des salariés français.

Questions fréquentes sur l’origine du week-end

Qui a inventé le week-end ?

Personne seul. Le dimanche chômé remonte à l’édit de Constantin en 321, le mot weekend apparaît en Angleterre dans les années 1630, et le week-end de deux jours se diffuse au XXe siècle, avec Ford en 1926 aux États-Unis et la semaine de 40 heures de 1936 en France.

Depuis quand a-t-on droit à un jour de repos par semaine en France ?

Depuis la loi du 13 juillet 1906, qui impose un repos hebdomadaire de 24 heures consécutives, en principe le dimanche. Il existait une loi sur le dimanche chômé en 1814, mais elle avait été supprimée en 1880.

Mon employeur peut-il me faire travailler le samedi ?

Oui. La loi garantit au moins 24 heures de repos hebdomadaire plus 11 heures de repos quotidien, en principe le dimanche, et pas plus de six jours de travail par semaine. Le samedi n’est pas protégé en tant que tel : tout dépend de votre contrat, de l’organisation du travail et de votre convention collective. Si la charge déborde, notre dossier sur le burn-out et sa reconnaissance peut vous aider à poser des limites.

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