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CV et entretiens

Prise de références : ce que le recruteur peut demander en 2026

Un recruteur peut appeler votre ancien manager, mais seulement s'il vous a prévenu. Ce que dit le Code du travail, et ce que vous avez le droit de refuser.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 8 min de lecture
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Une responsable des ressources humaines au téléphone prend des notes devant un CV posé sur son bureau
Un recruteur qui appelle votre ancien manager doit vous en avoir informé avant. Image générée par intelligence artificielle.

Oui, un recruteur a le droit de contacter vos anciens employeurs. Mais il doit vous en informer avant de le faire, et vous pouvez refuser. L’article L1221-8 du Code du travail est explicite : le candidat est expressément informé, préalablement à leur mise en oeuvre, des méthodes et techniques d’aide au recrutement utilisées à son égard. Une prise de références menée dans votre dos n’est pas une pratique de marché, c’est une collecte déloyale. Voici ce que vous pouvez exiger, et ce que vous avez le droit de dire non.

Un recruteur peut-il appeler votre ancien employeur sans vous prévenir ?

Non. Deux articles du Code du travail verrouillent la question. L’article L1221-8 impose l’information préalable sur toute méthode d’aide au recrutement, et précise que les résultats obtenus sont confidentiels. L’article L1221-9 va plus loin : aucune information vous concernant personnellement ne peut être collectée par un dispositif qui ne vous a pas été porté préalablement à connaissance.

Traduction concrète pour un candidat en process en septembre 2026 : le recruteur doit vous annoncer qu’il va prendre des références, avant l’appel. Pas après. Pas dans une clause noyée au bas d’un formulaire de candidature que personne ne lit.

La CNIL applique la même logique aux données personnelles. Dans sa fiche pratique publiée le 30 janvier 2023, elle rappelle qu’enregistrer ou filmer un entretien sans en informer le candidat constitue une collecte déloyale. Le raisonnement vaut à l’identique pour un appel passé à votre ancien manager.

Ce qu’un recruteur peut demander à votre référent, et ce qu’il ne peut pas

La règle de base tient en une phrase, posée par la CNIL : le recruteur ne peut utiliser que les informations qui permettent d’évaluer votre capacité à occuper le poste ou de mesurer vos aptitudes professionnelles. Tout ce qui déborde de ce périmètre est interdit à la collecte, que ce soit face à vous en entretien ou au téléphone avec un tiers.

2 ans

Durée maximale de conservation de votre candidature dans un vivier, à compter du dernier contact (CNIL)

L1221-8

L’article du Code du travail qui impose de vous informer avant toute méthode d’aide au recrutement

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Information sans lien direct et nécessaire avec le poste qu’un recruteur peut légalement collecter

Question posée à votre référent Statut
Quelles missions occupait-il, sur quel périmètre ? Autorisée, lien direct avec le poste
Comment se comportait-il en équipe, en situation de tension ? Autorisée si elle porte sur des aptitudes professionnelles
Pourquoi est-il parti ? Zone grise, la réponse ne doit pas déborder sur la vie privée
Quel était son salaire exact ? À écarter, sans lien avec l’évaluation de vos aptitudes
A-t-il des problèmes de santé, des enfants, des projets familiaux ? Interdite, la CNIL cite explicitement ces informations

C’est la même grille de lecture que celle qui s’applique à l’usage des algorithmes de tri. Nous l’avons détaillée dans notre article sur l’intelligence artificielle dans le recrutement et vos droits de candidat.

Pouvez-vous refuser une prise de références sans vous griller ?

Oui. Refuser est un droit, et ce refus ne peut pas légalement fonder un rejet de votre candidature. Reste que le rapport de force est réel : dire non sèchement, sans expliquer, envoie un signal que beaucoup de recruteurs interprètent mal.

La formulation qui fonctionne consiste à ne pas refuser en bloc, mais à cadrer. Vous acceptez le principe, vous choisissez les personnes, et vous demandez que votre employeur actuel soit contacté uniquement après la promesse d’embauche. C’est la seule vraie ligne rouge : une entreprise qui appelle votre patron actuel pendant que vous êtes encore en poste peut vous mettre en danger.

Si le silence s’installe ensuite pendant des semaines, ce n’est pas nécessairement lié à vos références. Nous avons décortiqué les vrais délais du recrutement dans notre article sur le temps que prend réellement une candidature en 2026.

Combien de temps vos données restent-elles chez le recruteur ?

La CNIL fixe une limite claire : en cas d’issue négative, conserver votre CV et votre lettre de motivation dans un vivier n’est possible que si la durée n’excède pas deux ans à compter du dernier contact, et si vous en avez été informé. Cela inclut les notes prises pendant la prise de références.

Vous disposez par ailleurs d’un droit d’accès : sur simple demande, sans avoir à la justifier, vous pouvez obtenir une copie des informations personnelles utilisées dans le cadre du process. Les comptes rendus d’appels à vos référents en font partie. Peu de candidats l’exercent, c’est pourtant l’outil le plus direct pour savoir ce qui s’est dit sur vous.

Comment choisir et préparer vos référents

Ne laissez jamais le recruteur choisir à votre place

Proposez vous-même deux ou trois noms, avec leur fonction exacte à l’époque et la nature du lien de travail. Un N+1 direct sur une mission comparable au poste visé vaut mieux qu’un directeur général qui vous a croisé trois fois. Et prévenez chaque personne avant, toujours : un référent pris de court répond mal, même quand il vous apprécie.

Préparez vos référents comme vous préparez votre pitch

Envoyez-leur l’offre, rappelez-leur en trois lignes les deux ou trois réalisations sur lesquelles vous aimeriez qu’ils insistent, et signalez le point faible probable du process pour qu’ils ne soient pas surpris par la question. Ce n’est pas de la manipulation, c’est de la préparation, exactement comme pour les questions sur les valeurs de l’entreprise.

Un dernier point, souvent négligé : la façon dont vous parlez de votre ancienne boîte pendant les entretiens conditionne ce que le recruteur ira chercher ensuite auprès de vos référents. Nous en avons fait un article entier sur comment évoquer son ancienne entreprise en entretien. Et si le poste proposé est un contrat court, la liste des questions à poser avant de signer se trouve dans notre guide sur le CDD et les questions à poser avant signature.

Questions fréquentes sur la prise de références

Un recruteur peut-il contacter mon employeur actuel ?

Seulement s’il vous en a informé au préalable et si vous ne vous y opposez pas. L’article L1221-9 du Code du travail interdit toute collecte d’information vous concernant par un dispositif dont vous n’avez pas eu connaissance. En pratique, exigez que ce contact n’intervienne qu’après la promesse d’embauche signée.

Mon refus peut-il me coûter le poste ?

Il ne le peut pas légalement : écarter un candidat au seul motif qu’il a exercé un droit reviendrait à le sanctionner pour ce refus. Dans les faits, la meilleure protection reste de proposer une alternative plutôt qu’un non sec, en offrant vos propres référents et un calendrier précis.

Puis-je savoir ce que mon ancien manager a dit de moi ?

Oui. Le droit d’accès prévu par le RGPD, que la CNIL rappelle dans son guide du recrutement, vous permet d’obtenir sur simple demande une copie des informations personnelles vous concernant traitées par le recruteur. Cela couvre les notes prises lors des échanges avec vos référents. La demande n’a pas à être motivée.

Combien de référents faut-il donner ?

Deux ou trois suffisent dans la quasi-totalité des cas. Au-delà, vous donnez l’impression de compenser une faiblesse. En dessous, un référent unique donne une lecture trop étroite de votre parcours, et son indisponibilité bloque tout le process.

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