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Palmarès et enquêtes

Jeunes actifs 2026 : satisfaits au travail, mais prêts à partir

Une étude du Céreq publiée le 25 août 2026 montre que 36 % des jeunes actifs veulent se réorienter, alors même qu'ils se disent satisfaits de leur emploi.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 8 min de lecture
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Quatre jeunes actifs en tenue de cuisine, de chantier, de soignant et de bureau marchent dans une rue de centre-ville en plein soleil
Satisfaits de leur poste et pourtant en quête d'autre chose : le paradoxe des jeunes actifs français, décrypté par le Céreq.

Une étude du Céreq publiée le 25 août 2026 casse le cliché de la jeunesse qui rejette le travail. Les jeunes actifs français déclarent des niveaux élevés de satisfaction et d’épanouissement professionnel. Et pourtant, plus d’un sur cinq cherche un autre emploi en parallèle du sien, et 36 % veulent se réorienter. L’écart entre l’envie et le passage à l’acte est énorme : seuls 4 % voient leur projet aboutir en trois ans.

Ce que dit vraiment l’enquête du Céreq

Le Céreq, établissement public sous tutelle des ministères de l’Éducation et du Travail, a interrogé en 2023 les jeunes sortis du système éducatif en 2017, dans le cadre de son enquête Génération. Les résultats sont publiés dans le Céreq Bref n° 489, signé par Maëlezig Bigi, Dominique Méda, Élise Tenret et Élise Verley, à partir d’une recherche collective soutenue par l’INJEP.

Le constat de départ contredit frontalement le récit médiatique de la « génération qui ne veut plus travailler ». Ces jeunes se disent satisfaits, épanouis et optimistes sur leur avenir professionnel. Le désir de partir ne vient donc pas d’un rejet du travail en lui-même.

36 %

des jeunes actifs déclarent vouloir se réorienter professionnellement

1 sur 5

cherche déjà un autre emploi en parallèle de celui qu’il occupe

4 %

seulement voient leur projet de réorientation aboutir en trois ans

Entre l’envie de partir et le départ réel, l’écart est vertigineux

C’est le chiffre le plus parlant de l’étude. Le souhait de réorientation est massif, mais il se dégonfle à chaque étape du parcours.

Étape Part des jeunes actifs concernés
Souhaitent se réorienter 36 %
Engagent réellement des démarches 23 %
Voient leur projet aboutir en trois ans 4 %

Quand la réorientation aboutit, elle est radicale : 92 % des démarches visent un changement de métier et 84 % un changement de secteur. Il ne s’agit pas de changer d’employeur pour le même poste, mais bien de tout reprendre. Autrement dit, ces jeunes ne cherchent pas une promotion, ils cherchent une autre vie professionnelle.

L’étude relève aussi une inégalité qui fait mal : les plus diplômés sont davantage en quête de sens que de rémunération, tandis que les jeunes aux parcours d’insertion les plus chaotiques sont ceux qui aspirent le plus à se reconvertir, et ceux qui y parviennent le moins souvent. Nos repères pour démarrer une reconversion valent donc surtout pour ceux qui ont déjà un pied dans la place.

Trois explications à ce paradoxe

Un système éducatif qui interdit de se tromper

Les auteurs pointent d’abord la pression française à « se placer » tôt et durablement. Les choix d’études sont précoces, déterminants, et laissent très peu de place au tâtonnement. Dans ce contexte, vouloir se réorienter à 25 ans n’est pas un caprice : c’est une façon de reprendre la main sur un parcours qu’on a subi plus qu’on ne l’a choisi. C’est aussi ce qui explique la pression ressentie très tôt sur la recherche d’une alternance ou d’un premier contrat.

Un marché du travail qui a normalisé la mobilité

Deuxième explication : les jeunes sont les premiers exposés à la flexibilisation de l’emploi. Bien que plus diplômés que leurs aînés, ils restent surreprésentés dans les contrats précaires, le temps partiel subi et le chômage. Ils ont intériorisé une norme de mobilité très éloignée du modèle de carrière stable connu par leurs parents, et se déclarent prêts à changer d’emploi dès qu’une meilleure opportunité se présente. Dans un marché où le chômage atteint 8,3 %, cette disponibilité permanente est autant une stratégie qu’une contrainte.

Des conditions de travail dégradées en début de carrière

Troisième facteur, le plus concret. Les jeunes actifs sont surreprésentés dans les métiers les plus pénibles : contraintes physiques, faible autonomie, insécurité professionnelle accrue. Les comparaisons européennes confirment que la situation des jeunes Français est dégradée par rapport à celle des autres jeunes du continent. Un quart des moins de 25 ans craint de perdre son emploi dans l’année, et près de la moitié anticipe de devoir changer de métier ou de qualification sous trois ans. Même les professions qualifiées n’y échappent pas, avec une norme de surinvestissement qui peut mener à l’épuisement, un mécanisme proche de celui qui alimente le quiet quitting.

Ce que cette étude change pour vous

Si vous avez moins de 30 ans et que vous vous reconnaissez dans ce paradoxe, deux enseignements pratiques ressortent de l’enquête.

Le second enseignement est plus dur à entendre : la capacité à concrétiser un projet de mobilité dépend fortement de la qualité de l’insertion initiale. Ceux qui ont eu un démarrage chaotique ont le plus besoin de changer et le moins de ressources pour le faire. Ce n’est pas une question de volonté individuelle, c’est une inégalité structurelle. Raison de plus pour valoriser tout ce que vous avez déjà fait, y compris les petits boulots que vous croyez invisibles.

Questions fréquentes

Les jeunes rejettent-ils vraiment le travail ?

Non, et c’est précisément la conclusion de cette étude. Les jeunes actifs interrogés en 2023 déclarent des niveaux élevés de satisfaction, d’épanouissement et d’optimisme professionnel. Le désir de réorientation coexiste avec cette satisfaction, il ne la contredit pas. Les auteurs parlent de tensions structurelles, pas de désengagement générationnel.

Sur quelles données repose cette enquête ?

Sur l’enquête Génération du Céreq, menée en 2023 auprès des jeunes sortis du système éducatif en 2017, soit six ans après leur entrée dans la vie active. Le Céreq Bref n° 489 est signé par Maëlezig Bigi, Dominique Méda, Élise Tenret et Élise Verley, dans le cadre d’une recherche collective soutenue par l’INJEP.

Pourquoi si peu de projets de réorientation aboutissent-ils ?

L’étude ne tranche pas sur une cause unique, mais elle relève que les jeunes aux parcours d’insertion les plus fragiles sont ceux qui souhaitent le plus se reconvertir et y parviennent le moins. L’ampleur du changement visé pèse aussi : 92 % des démarches visent un changement de métier, ce qui suppose une formation, du temps et des ressources financières.

Faut-il attendre d’être malheureux pour changer de voie ?

Les données montrent l’inverse. Le souhait de réorientation ne décroît que marginalement chez les jeunes qui se déclarent épanouis. Être satisfait de son poste actuel n’est donc pas un argument suffisant pour renoncer à un projet de changement, ni une garantie que l’envie disparaîtra.

Source : Maëlezig Bigi, Dominique Méda, Élise Tenret et Élise Verley, Des jeunes actifs satisfaits mais en quête d’ailleurs : les ressorts d’un paradoxe, Céreq Bref n° 489, 2026, 4 p. À lire aussi, du même institut, S’insérer dans un monde instable : le diplôme reste une valeur sûre, et les travaux de l’INJEP sur la jeunesse.

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