Minima de branche sous le SMIC : vérifiez votre grille de salaire
Depuis le 1er juin 2026, 126 branches sur 179 ont une grille qui démarre sous le SMIC. Comment vérifier votre coefficient, ce que la loi garantit, comment négocier.
Depuis le 1er juin 2026, 126 branches professionnelles sur 179, soit 70 % des branches où travaillent 11,9 millions de salariés, ont au moins un coefficient de leur grille inférieur au SMIC, contre 30 avant la revalorisation. Le chiffre a été présenté au comité national de suivi des salaires du 27 mai 2026 en présence du ministre du Travail. Pour vous, la règle est simple et absolue : personne ne peut être payé sous le SMIC, soit 12,31 euros brut de l’heure et 1 867,02 euros brut par mois pour 35 heures. Si votre convention collective prévoit moins, c’est le SMIC qui s’applique. Le vrai problème est ailleurs : quand le bas de la grille est rattrapé par le SMIC, un salarié avec dix ans d’ancienneté touche la même chose qu’un débutant. C’est ce tassement qu’il faut savoir repérer et négocier.
Minima de branche sous le SMIC : pourquoi ça arrive à chaque hausse
Le SMIC est le seul salaire indexé sur l’inflation : quand les prix augmentent de plus de 2 % depuis la dernière revalorisation, il monte automatiquement, comme le 1er juin 2026 (+2,41 %). Les minima de branche, eux, ne bougent que par accord entre syndicats et employeurs. À chaque hausse automatique, les grilles négociées quelques mois plus tôt passent sous le seuil. Selon Helloworkplace, qui relaie les données du ministère, le BTP compte à lui seul 24 branches concernées, l’agriculture 16, le secteur maritime 3, et 18 branches de moins de 5 000 salariés sont également en irrégularité.
Le Code du travail impose alors aux partenaires sociaux d’ouvrir une négociation sous 45 jours pour rebâtir la grille. Dans les faits, ces négociations prennent souvent plusieurs mois, et certaines branches restent non conformes une année entière. Une disposition de la loi de financement de la Sécurité sociale prévoit désormais de réduire les allègements de cotisations des entreprises dont la branche reste sous le SMIC sur toute une année civile, sauf si elles prouvent qu’elles paient leurs salariés au-dessus.
| Repère | Avant le 1er juin 2026 | Depuis le 1er juin 2026 |
|---|---|---|
| SMIC horaire brut | 12,02 € | 12,31 € |
| SMIC mensuel brut (35 h) | 1 823,03 € | 1 867,02 € |
| Branches avec au moins un minimum sous le SMIC | 30 | 126 sur 179 |
| Salariés couverts par ces branches | non publié | 11,9 millions |
| Délai légal d’ouverture des négociations | 45 jours à compter de la revalorisation | |
126 sur 179
branches dont la grille démarre sous le SMIC depuis le 1er juin 2026
11,9 millions
de salariés travaillent dans ces branches
45 jours
délai légal pour ouvrir la renégociation de la grille
Comment vérifier votre grille en dix minutes
Première étape : identifiez votre convention collective. Elle figure sur votre fiche de paie, avec son numéro IDCC. Deuxième étape : ouvrez la grille des salaires minima sur Légifrance ou sur le Code du travail numérique, qui permet de retrouver la convention applicable à partir du nom de l’entreprise. Troisième étape : repérez votre coefficient ou votre niveau, indiqué lui aussi sur le bulletin, et lisez le minimum correspondant. S’il est inférieur à 1 867,02 euros brut mensuels pour 35 heures, vous êtes dans une branche décrochée.
Ce constat a deux conséquences pratiques. La première : votre employeur doit vous payer au moins le SMIC, quel que soit le coefficient. Vérifiez que la ligne « salaire de base » de votre bulletin atteint bien 12,31 euros par heure ; les primes, majorations d’heures supplémentaires et remboursements de frais ne comptent pas dans cette comparaison, contrairement à certaines primes de rendement ou avantages en nature. La seconde : si plusieurs coefficients au-dessus du vôtre sont eux aussi rattrapés par le SMIC, la hiérarchie des salaires a disparu dans le bas de votre grille. C’est le moment de demander une reclassification ou une augmentation individuelle, avec des arguments que nous détaillons dans notre article sur la demande d’augmentation.
Ce que la loi vous garantit, et ce qu’elle ne garantit pas
La loi vous garantit le SMIC, rien de plus. Elle n’oblige pas votre employeur à maintenir des écarts entre coefficients, ni à répercuter la hausse du SMIC sur les salaires situés juste au-dessus. C’est la négociation de branche qui rétablit les écarts, et elle peut prendre du temps. Entre-temps, un employeur peut décider seul, par décision unilatérale ou accord d’entreprise, de repositionner ses grilles au-dessus du SMIC. Beaucoup le font pour conserver leurs allègements de cotisations, ce qui vous donne un argument.
Deux vérifications complémentaires méritent le détour. La première concerne votre net : le SMIC net mensuel s’établit autour de 1 477,93 euros depuis juin 2026, comme nous l’expliquions dans notre article sur le SMIC 2026 ; si votre net est inférieur pour un temps plein, quelque chose cloche. La seconde concerne les primes conventionnelles (ancienneté, treizième mois, panier), qui sont dues indépendamment du niveau du SMIC : notre article sur le treizième mois explique comment vérifier qu’elles figurent bien sur votre bulletin.
Questions fréquentes sur les minima de branche
Mon contrat mentionne un salaire inférieur au SMIC, est-ce légal ?
Non. Le SMIC est d’ordre public : toute clause contractuelle ou conventionnelle prévoyant moins est sans effet, et l’employeur doit compléter automatiquement jusqu’au minimum légal. Vérifiez néanmoins que le complément apparaît bien sur le bulletin, souvent sous une ligne « complément SMIC » ou « garantie SMIC ».
La hausse du SMIC entraîne-t-elle une hausse de mon salaire si je gagne un peu plus ?
Pas automatiquement. Seuls les salaires inférieurs au nouveau SMIC sont relevés. Les salaires légèrement supérieurs ne bougent que si la branche renégocie sa grille ou si l’employeur décide d’une augmentation. C’est précisément le mécanisme du tassement, et l’argument à utiliser en entretien.
Combien de temps une branche peut-elle rester sous le SMIC ?
La loi impose d’ouvrir les négociations sous 45 jours, pas de conclure. Certaines branches restent sous le seuil plusieurs mois, parfois plus d’un an. Une branche non conforme sur toute une année civile expose ses entreprises à une réduction de leurs allègements de cotisations, ce qui incite désormais les employeurs à corriger leurs grilles sans attendre.
Guillaume Coudert