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Palmarès et enquêtes

Trouver sa place au travail : ce que révèle l’étude Ancrages

72,3% des candidats cherchent des preuves avant de postuler, 82,3% n'en trouvent pas assez. L'étude Ancrages de Welcome to the Jungle décryptée pour vous.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 14 min de lecture
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Deux collègues se tapent dans la main lors d'une activité d'équipe en plein air, dans un parc ensoleillé
Avant même de cliquer sur « postuler », les candidats cherchent la preuve qu'ils pourront trouver leur place. Le rapport Ancrages de Welcome to the Jungle mesure enfin cette attente.

Avant de postuler, 72,3% des candidats cherchent des informations pour savoir s’ils pourront se sentir à leur place dans l’entreprise, mais 82,3% estiment que les entreprises n’en donnent pas assez. C’est le constat central d’Ancrages, le premier rapport de Welcome to the Jungle consacré au sentiment d’appartenance, fondé sur une enquête menée du 18 juin au 10 août 2026 auprès de 759 candidats et actifs et de 134 professionnels RH. Conséquence directe : 83,8% des répondants ont déjà renoncé à postuler faute de pouvoir se projeter. Pour vous, la leçon est claire : exigez des preuves concrètes, du salaire au management, avant, pendant et après le recrutement.

72,3%

des candidats cherchent des preuves avant de postuler (Welcome to the Jungle, 2026)

83,8%

ont déjà renoncé à postuler faute de pouvoir se projeter

75,5%

ont déjà quitté un emploi où ils ne se sentaient pas à leur place

Jusqu’ici, on vous disait de soigner votre CV, de préparer vos réponses et de relancer au bon moment. Ancrages renverse la perspective : le recrutement n’est plus seulement l’examen que vous passez, c’est aussi celui que l’entreprise passe devant vous. Et la plupart échouent sur un point simple : elles racontent une promesse, sans montrer la réalité du quotidien. Voici ce que dit le rapport, ce que vous pouvez en tirer, et notre avis sur la solution qu’il défend.

Moins d’offres, plus de candidats : pourquoi se démarquer devient plus dur

Le rapport s’ouvre sur un constat sans détour : « le marché du recrutement est cassé ». Les données de la plateforme Welcome to the Jungle, qui revendique plus d’un million de membres candidats et 6 259 entreprises clientes, le montrent nettement. Entre juillet 2024 et juin 2025, puis entre juillet 2025 et juin 2026, le nombre d’offres publiées est passé de 598 707 à 521 767, soit 12,85% de moins. Dans le même temps, les candidatures sont passées de 3,7 à 4,26 millions, et chaque offre en reçoit désormais 22,5 en moyenne, contre 19,1 un an plus tôt. Depuis 2022, le volume de candidatures à traiter a presque doublé, avec une hausse de 93,19%.

Les entreprises citées dans le rapport donnent la mesure du phénomène : Mirakl a reçu entre 90 000 et 95 000 candidatures en 2025 pour 300 recrutements, dont 10 000 pour un seul poste de data scientist. Chez Monday.com, les candidatures ont augmenté de 42% pour une hausse de 14% des recrutements.

Concrètement, l’époque des candidatures en masse touche à sa fin. Notre analyse du marché de l’emploi en 2026, entre afflux de candidatures et offres en recul le confirme : mieux vaut dix candidatures ciblées et argumentées que cent envois identiques. Et un CV adapté à chaque poste reste la première condition pour sortir du lot.

Ce que vous cherchez vraiment avant de postuler

Interrogés sur leurs trois critères principaux pour évaluer une entreprise, les candidats placent en tête l’équilibre de vie et la flexibilité, puis l’intérêt du poste, puis la rémunération. Le sentiment de pouvoir trouver sa place n’arrive qu’en cinquième position : seuls 26,1% le citent explicitement. Pourtant, 85,9% des sondés le jugent aussi important ou plus important que le salaire.

Ce décalage n’est qu’apparent. Vous ne cherchez pas « l’appartenance » sous ce nom : vous cherchez des signes qui vous permettent de savoir si elle est possible. Le rapport en dresse la liste, par ordre de priorité :

  1. L’équipe et le management : avec qui vais-je travailler, et qui va me diriger ?
  2. L’ambiance et les modes de travail : à quoi ressemble une journée type ?
  3. Les témoignages de collaborateurs : que disent ceux qui y sont déjà ?
  4. Des exemples concrets de valeurs vécues, plutôt qu’une liste de mots affichée sur un site carrière.

Or les entreprises mettent d’abord en avant la flexibilité, les témoignages et l’onboarding. Le management, premier sujet d’intérêt des candidats, n’arrive qu’en quatrième position de ce qu’elles montrent. D’où le chiffre qui fâche : 82,3% des candidats jugent l’information insuffisante, quand seulement 53% des RH estiment que leur organisation en donne assez.

Et quand vous ne trouvez pas ces preuves, vous ne postulez pas. 83,8% des répondants ont déjà renoncé à candidater, dont 41,8% plusieurs fois, parce qu’ils ne se projetaient pas dans la culture, l’équipe ou les modes de travail.

Salaire et télétravail : les deux signaux à exiger dès l’offre

Deux informations concentrent les attentes, et les manques. La première est le salaire. Entre juillet 2025 et juin 2026, seulement 17% des offres publiées sur Welcome to the Jungle indiquaient une fourchette salariale. Celles qui le faisaient ont attiré 58% de candidatures en plus. Et 61,9% des candidats ont déjà renoncé à postuler à une offre sans fourchette.

Le cadre légal va dans votre sens : la directive européenne sur la transparence des rémunérations doit généraliser l’information sur le salaire avant l’entretien. Nous détaillons son calendrier dans notre article sur la transparence des salaires et ce que la directive change. En attendant, préparez votre propre réponse : notre méthode pour annoncer vos prétentions salariales sans fermer de porte vous évitera d’être pris de court.

Le second signal est le télétravail. Les offres qui en proposent représentent 32,6% des offres publiées, mais concentrent 65,7% des candidatures. Les offres hybrides, à elles seules, pèsent 31% des annonces et 60% des candidatures. À l’inverse, 39% des offres ne précisent pas leur politique de télétravail, et ce sont elles qui reçoivent le moins de candidatures par offre. Le rapport le reconnaît honnêtement : ces chiffres ne prouvent pas une relation de cause à effet. Mais ils montrent que les candidats utilisent chaque information disponible pour juger leur compatibilité.

Le recrutement est un test réciproque

C’est l’idée la plus forte du rapport : le recrutement ne sert pas seulement à vérifier que votre profil correspond au poste. Il vous permet aussi de vérifier si l’entreprise vous correspond. Les RH le savent : 94% estiment que la façon de mener un recrutement donne une indication de la culture interne.

Et vous êtes nombreux à repérer les incohérences. 74,4% des candidats ont déjà perçu un décalage entre l’image présentée par l’entreprise et la réalité ressentie pendant le processus. 60,7% ont déjà abandonné un recrutement en cours parce que les échanges leur avaient donné le sentiment qu’ils ne s’y sentiraient pas à leur place. Et 70,8% ont déjà refusé une offre parce qu’ils n’arrivaient pas à se projeter.

Pour transformer l’entretien en véritable test de culture, voici les questions à poser, inspirées des préconisations du rapport :

  • « Pouvez-vous me décrire une semaine type dans l’équipe ? » La précision de la réponse dit beaucoup de la clarté du poste.
  • « Comment se passent les échanges avec le manager au quotidien ? » Le management est le premier facteur d’appartenance, et le premier facteur d’exclusion.
  • « Quelles sont les difficultés actuelles du poste ou de l’équipe ? » Une entreprise sérieuse sait reconnaître ce qui fonctionne moins bien.
  • « Puis-je rencontrer un futur collègue ou passer une demi-journée dans l’équipe ? » Une immersion vaut mieux que dix pages de site carrière.
  • « Comment se déroulent les premières semaines après l’arrivée ? » Un parcours d’intégration flou est un mauvais présage.

Ces questions sont légitimes, et une entreprise qui s’en offusque vous donne déjà une réponse. Préparez aussi celles que le recruteur vous posera à coup sûr avec notre guide des questions pièges en entretien d’embauche.

Une fois en poste : le manager fait ou défait votre place

Le recrutement n’est que le début. Une fois arrivé, c’est le quotidien qui confirme ou dément la promesse. Et là, le constat est sévère : les salariés interrogés notent leur sentiment d’appartenance à 5,28 sur 10, quand les RH l’estiment à 6,25. Près d’un point d’écart entre ce que l’entreprise croit offrir et ce que vous vivez.

Le premier facteur qui aide à trouver sa place est un management clair, respectueux et bienveillant, cité par 63% des répondants, devant la reconnaissance du travail (47,6%), la qualité des relations avec l’équipe (43,6%) et l’autonomie (35,6%). Et le même levier joue dans l’autre sens : le management est aussi la première cause du sentiment d’être à l’écart, citée par 71,1%. Notre quiz sur le type de manager qu’il vous faut vous aidera à savoir ce que vous devez vérifier en entretien.

L’intégration est le deuxième moment de vérité. 94,8% des RH la jugent importante ou déterminante, mais l’effort s’essouffle vite : 38,8% font un point à 30 jours, et seulement 3,7% suivent encore l’intégration à 12 mois. Les premiers jours comptent donc double, et notre article sur les signaux à repérer dès le premier jour vous aidera à les décrypter.

Quand la place ne vient pas, le départ suit. 75,5% des répondants ont déjà quitté un emploi, en partie ou principalement, parce qu’ils ne s’y sentaient pas à leur place. Et 56,3% des personnes en poste envisagent aujourd’hui de partir pour cette raison. Si c’est votre cas, ne partez pas sur un coup de tête : repérez d’abord les signes d’un management toxique, et si votre employeur tente de vous retenir, sachez évaluer une contre-proposition avec lucidité.

Notre avis : une étude utile, à lire avec ses angles morts

Ancrages a le mérite de mettre des chiffres sur une intuition que beaucoup de candidats partagent sans pouvoir la formuler. Et la solution qu’il défend est la bonne : montrer plutôt que promettre. Des offres qui affichent le salaire et la politique de télétravail, des managers visibles avant l’embauche, des témoignages de salariés réels, des immersions et un parcours d’intégration explicite. Pour vous, c’est une grille de lecture immédiatement utilisable.

Trois points forts méritent d’être soulignés :

  • Une double source : les données d’usage d’une plateforme de plus d’un million de membres, croisées avec une enquête déclarative et des entretiens individuels.
  • La voix des candidats : les verbatims donnent chair aux chiffres et montrent que l’appartenance n’est pas un concept marketing, mais une expérience vécue.
  • Un cadre solide : le rapport s’appuie sur la théorie de l’autodétermination des psychologues Edward Deci et Richard Ryan, qui place l’autonomie, la compétence et le lien aux autres parmi les besoins fondamentaux au travail.

Mais trois limites doivent être gardées en tête, surtout si vous êtes étudiant ou jeune diplômé :

  • Un panel peu jeune : seulement 2,1% des candidats interrogés ont moins de 25 ans, et 63,8% ont plus de dix ans d’expérience. Les conclusions valent d’abord pour des profils confirmés. Les attentes des jeunes diplômés, que nous suivons notamment à travers le label Engagement Jeunes 2026, mériteraient une étude dédiée.
  • Des corrélations, pas des causes : le rapport l’écrit lui-même à propos du télétravail. Une offre plus détaillée attire plus de candidatures, mais d’autres facteurs peuvent jouer.
  • Un acteur juge et partie : Welcome to the Jungle vend aussi aux entreprises les outils censés résoudre le problème, de la marque employeur au tri des candidatures. Cela n’invalide pas les chiffres, mais invite à les lire comme un plaidoyer argumenté plutôt que comme une étude indépendante.

Le rapport se conclut d’ailleurs sur une nuance bienvenue : se sentir à sa place ne doit pas devenir une nouvelle injonction, et une entreprise n’est pas une famille. Votre objectif n’est pas d’adhérer à tout, mais de choisir en connaissance de cause.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le sentiment d’appartenance au travail ?

C’est le fait de se sentir à sa place dans une entreprise. Selon le rapport Ancrages, il signifie d’abord être reconnu et valorisé pour 65,5% des candidats, se sentir utile et contribuer à un projet commun pour 60,5%, faire partie d’une équipe pour 54,8%, et pouvoir être soi-même pour 47,8%.

Comment savoir avant de postuler si je trouverai ma place dans une entreprise ?

Cherchez des preuves concrètes plutôt que des promesses : témoignages de salariés, informations sur le management, description d’une journée type, politique de télétravail et fourchette de salaire. Pendant le processus, demandez à rencontrer un futur collègue ou à découvrir l’équipe.

Faut-il éviter les offres sans fourchette de salaire ?

Pas forcément, mais posez la question tôt dans le processus. Selon le rapport, 61,9% des candidats ont déjà renoncé à postuler à une offre sans fourchette, et la directive européenne sur la transparence des rémunérations doit généraliser cette information.

Que faire si je ne me sens pas à ma place après mon embauche ?

Identifiez d’abord la cause : management, reconnaissance, relations avec l’équipe ou intégration. Parlez-en à votre manager ou aux RH, notamment pendant la période d’essai. Si la situation ne change pas, préparez un départ réfléchi plutôt que précipité.

Source : Welcome to the Jungle, rapport « Ancrages : pourquoi choisit-on une entreprise ? Pourquoi décide-t-on d’y rester ? », données de la plateforme du 1er juillet 2024 au 30 juin 2026 et enquête menée du 18 juin au 10 août 2026 auprès de 759 candidats et actifs et de 134 professionnels RH.

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