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Palmarès et enquêtes

Baromètre Apec T3 2026 : les cadres reportent leur mobilité

Intentions d'embauche au plus bas depuis 2020, 28 % de cadres inquiets pour leur poste, 38 % qui veulent bouger dans l'année : le baromètre Apec d'août 2026.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 6 min de lecture
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Deux jeunes cadres discutent sur la terrasse d'un immeuble de bureaux avec vue sur la ville
Publié le 25 août 2026, le baromètre trimestriel de l'Apec mesure à la fois les intentions d'embauche des entreprises et les projets de mobilité des cadres.

Au troisième trimestre 2026, les intentions de recrutement de cadres sont au plus bas niveau observé depuis la création de l’indicateur en 2020 pour les ETI et grandes entreprises : 42 % prévoient d’embaucher au moins un cadre, contre 48 % le trimestre précédent et 45 % un an plus tôt, selon le baromètre de l’Apec publié le 25 août 2026. Côté cadres, 28 % se sentent directement menacés par un licenciement (38 % chez les moins de 35 ans), 48 % jugent qu’un changement d’entreprise est un risque qu’ils ne sont pas prêts à courir, et seuls 13 % envisagent de bouger dans les trois mois. À douze mois, en revanche, 38 % y pensent encore, et 56 % des moins de 35 ans. Les projets ne sont pas abandonnés, ils sont reportés. Reste à savoir si le report est la bonne stratégie, et pour qui.

Baromètre Apec T3 2026 : ce que disent les entreprises

Le communiqué de l’Apec décrit des entreprises qui manquent de visibilité : 56 % seulement se disent capables d’anticiper leur niveau d’activité, contre 63 % un an plus tôt, et 63 % se déclarent confiantes dans l’évolution de leur carnet de commandes, huit points de moins qu’en 2025. L’Apec attribue ce repli à la crise énergétique liée au conflit au Moyen-Orient, qui a poussé ménages et entreprises vers des comportements de précaution. Les difficultés de recrutement reculent en conséquence, à leur plus bas niveau depuis cinq ans, même si 61 % des entreprises en anticipent encore.

Intentions de recrutement d’au moins un cadre, T3 2026 Part Évolution
ETI et grandes entreprises 42 % 48 % au T2 2026, 45 % un an plus tôt ; plus bas niveau depuis 2020
PME 12 % stable sur le trimestre, 13 % un an plus tôt
TPE 3 % +1 point sur le trimestre, -1 point sur un an
Services à forte valeur ajoutée 10 % -4 points sur un an, le repli le plus marqué
Industrie 11 % +2 points sur un an, portée par l’aéronautique et la construction navale

La ligne « industrie » est la seule à contre-courant. Elle confirme ce que montrent les classements d’attractivité de l’année, de Universum chez les ingénieurs à LinkedIn Top Companies : l’aéronautique, la défense et le naval recrutent quand les services de conseil et d’informatique freinent.

42 %

des ETI et grandes entreprises prévoient de recruter un cadre, plus bas niveau depuis 2020

28 %

des cadres se sentent menacés par un licenciement, 38 % chez les moins de 35 ans

38 %

envisagent encore de changer d’entreprise dans les douze mois, 56 % chez les moins de 35 ans

Ce que disent les cadres, et ce qu’ils font

Trois cadres sur quatre se disent préoccupés par la situation économique, deux points de plus qu’en 2025. La peur du licenciement progresse de cinq points en un an (28 % contre 23 %), et de dix chez les moins de 35 ans (38 %). Le sentiment qu’il serait difficile de retrouver un poste équivalent atteint 58 %, sept points de plus qu’il y a deux ans. Résultat : 48 % considèrent la mobilité externe comme une prise de risque à éviter, et les projets à trois mois tombent à 13 %.

Le paradoxe est dans les projets à douze mois, qui tiennent à 38 % et grimpent à 56 % chez les jeunes cadres. Autrement dit, la majorité des moins de 35 ans a l’intention de partir, mais attend. Cette attente n’est rationnelle que si elle est active : veille sur les offres, réseau entretenu, profil à jour, compétences documentées. Une attente passive, elle, se transforme en désengagement, dont nous mesurions l’ampleur dans notre article sur l’engagement au travail en France.

Attendre ou bouger : la lecture par profil

Pour un cadre en poste stable dans les services, dont le secteur enregistre le repli le plus net (-4 points d’intentions d’embauche), attendre six à douze mois se défend, à condition de préparer le départ pendant l’attente. C’est le moment d’obtenir en interne ce qui sera monnayable dehors : un périmètre élargi, une certification, un projet visible. Notre article sur la demande d’augmentation reste d’actualité, parce qu’un employeur qui recrute moins protège davantage ceux qu’il a.

Pour un cadre de l’industrie, en particulier dans l’aéronautique, la défense ou le naval, le baromètre dit l’inverse : les intentions d’embauche progressent et les tensions persistent sur les profils techniques et dans les bassins éloignés des métropoles. Un candidat mobile géographiquement, avec une compétence technique rare, est en position de force précisément maintenant, quand la concurrence des autres candidats se retient. Les métiers concernés recoupent largement notre analyse des métiers en tension en 2026.

Pour un cadre de moins de 35 ans qui se sent exposé, le bon réflexe n’est ni de démissionner sous le coup de l’inquiétude ni de s’accrocher en silence. C’est de mesurer le risque réel : quelle est la santé de l’entreprise, quel est le poids de votre poste, quelle serait votre situation en cas de rupture. Nos articles sur la rupture conventionnelle et le chômage et sur la période d’essai donnent les repères pour comparer un départ subi, un départ négocié et un départ choisi.

Questions fréquentes sur le baromètre Apec

Le marché des cadres est-il en crise ?

Le baromètre décrit un ralentissement des intentions d’embauche, pas un effondrement. Les ETI et grandes entreprises restent 42 % à prévoir un recrutement de cadre au trimestre, et l’industrie progresse. Le mot utilisé par l’Apec est « prudence », lié à un manque de visibilité sur l’activité, non à une chute des carnets de commandes.

Est-ce un mauvais moment pour changer d’entreprise ?

C’est un moment où la concurrence entre candidats se retient, ce qui peut avantager ceux qui bougent avec un projet précis et une compétence recherchée. C’est un mauvais moment pour partir sans poste en vue, parce que 58 % des cadres estiment difficile de retrouver un emploi équivalent et que les délais de recrutement s’allongent.

Comment est réalisé ce baromètre ?

L’Apec interroge chaque trimestre un échantillon d’entreprises sur leurs intentions de recrutement de cadres à trois mois et un échantillon de cadres sur leur situation et leurs projets de mobilité. Le baromètre du troisième trimestre 2026 a été publié le 25 août 2026 ; le document complet est téléchargeable sur le site de l’Apec.

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