Prétentions salariales : la réponse qui ne ferme aucune porte
Fourchette, brut annuel, question retour : quoi répondre à un recruteur qui demande vos prétentions salariales, tant que la question du salaire actuel reste légale.
À la question « quelles sont vos prétentions salariales ? », la réponse qui ne ferme aucune porte est une fourchette de 10 à 15 % d’amplitude, dont le bas correspond au salaire que vous accepteriez vraiment et le haut au prix de marché du poste, prononcée en brut annuel et suivie d’une question sur le budget prévu. Ni un chiffre unique, ni « c’est à discuter », ni votre salaire actuel. En septembre 2026, un recruteur français a encore le droit de vous demander combien vous gagnez : la loi qui l’interdira n’est pas votre bouclier, votre préparation l’est.
Prétentions salariales : les trois réponses qui vous coûtent
La première erreur est le chiffre unique. « 42 000 euros » enferme la négociation : si le budget est à 45 000, vous venez de perdre 3 000 euros par an ; s’il est à 38 000, vous êtes écarté sans discussion. La deuxième erreur est l’esquive, « je suis ouvert, c’est surtout le projet qui m’intéresse » : elle signale que vous ne connaissez pas votre valeur, et laisse le recruteur fixer le prix. La troisième erreur, la plus fréquente, est de répondre par votre salaire actuel. Vous ancrez alors la discussion sur ce qu’un autre employeur a décidé, dans un autre contexte, et non sur ce que vaut le poste.
Cette dernière question est justement celle que le droit européen veut interdire. La directive 2023/970 sur la transparence des rémunérations impose aux employeurs de communiquer le salaire ou sa fourchette avant l’entretien et leur interdit de demander l’historique de rémunération des candidats. La date limite de transposition était fixée au 7 juin 2026. La France ne l’a pas tenue : le projet de loi devait passer en Conseil des ministres le 9 septembre 2026, pour une application attendue au 1er janvier 2028 au plus tôt, comme nous le détaillions dans notre article sur la loi française de transparence salariale. D’ici là, la question reste légale, et vous devez savoir y répondre.
10 à 15 %
d’amplitude entre le bas et le haut de la fourchette que vous annoncez
7 juin 2026
date limite de transposition de la directive européenne, non tenue par la France
2028
année d’application attendue de l’interdiction de demander votre salaire actuel
La réponse en trois temps, mot pour mot
Premier temps, la fourchette : « Pour ce type de poste, avec mon expérience, je me situe entre 42 000 et 47 000 euros brut annuels. » Le bas de la fourchette n’est pas un chiffre de politesse : c’est celui en dessous duquel vous refuserez. Le haut est le prix de marché du poste, que vous avez vérifié avant l’entretien. Toujours en brut annuel, qui est l’unité des recruteurs, et jamais en net mensuel, qui est celle des candidats mal préparés.
Deuxième temps, la justification en une phrase : « C’est cohérent avec les postes équivalents que j’ai vus publiés ce trimestre. » Vous montrez que le chiffre vient du marché, pas de vos besoins personnels. Un loyer ou un crédit n’est jamais un argument de négociation.
Troisième temps, la question retour : « De votre côté, quel budget avez-vous prévu pour ce poste ? » Elle est le cœur de la réponse. Beaucoup de recruteurs répondent, parce que la question est posée calmement et parce que leur budget est de toute façon fixé. Vous obtenez alors l’information que la loi vous donnera en 2028, deux ans en avance.
| Question du recruteur | Réponse à éviter | Réponse qui garde la porte ouverte |
|---|---|---|
| « Quelles sont vos prétentions ? » | « 42 000 euros » ou « c’est à discuter » | « Entre 42 000 et 47 000 brut annuels, en cohérence avec le marché. Quel budget avez-vous prévu ? » |
| « Combien gagnez-vous actuellement ? » | Le chiffre exact | « Mon package actuel n’est pas comparable, le périmètre est différent. Sur ce poste, je me situe entre… » |
| « C’est au-dessus de notre budget » | « D’accord, je peux descendre » | « Quel est l’écart ? Et sur quels éléments hors salaire de base pouvons-nous travailler ? » |
| « Vous êtes flexible ? » | « Oui, très » | « Sur la structure, oui : fixe, variable, jours de télétravail. Sur le total, la fourchette reste ma base. » |
Ce qu’il faut avoir fait avant l’entretien
La fourchette ne vaut que si elle repose sur des données. Trois sources suffisent : les offres publiées pour des postes comparables dans votre région (beaucoup affichent déjà une fourchette, par anticipation de la loi), les grilles de votre convention collective, et les études de rémunération sectorielles. Notre article sur le salaire de marché en 2026 explique comment croiser ces sources en une heure, et notre tableau des salaires moyens en France donne les ordres de grandeur par métier.
Ensuite, décidez de votre plancher avant l’entretien, pas pendant. C’est le chiffre en dessous duquel vous refusez, et il doit tenir compte de tout le package : variable, prime de partage de la valeur, télétravail, mutuelle, jours de congé. Deux offres à 45 000 euros peuvent différer de 4 000 euros une fois ces éléments comptés. Enfin, entraînez-vous à dire votre fourchette à voix haute : la plupart des candidats la connaissent mais la prononcent en baissant la voix, et un recruteur entend l’hésitation avant le chiffre. Pour aller plus loin, notre guide sur négocier son salaire à l’embauche couvre la suite de la discussion, jusqu’à la proposition écrite.
Questions fréquentes sur les prétentions salariales
Peut-on refuser de répondre à la question du salaire actuel ?
Oui, poliment et sans se justifier. En 2026, la question reste légale en France, mais rien ne vous oblige à y répondre. Redirigez vers la fourchette visée pour le poste. Un recruteur qui insiste après une redirection claire vous renseigne sur la culture de l’entreprise.
Faut-il donner ses prétentions dans la lettre ou le formulaire de candidature ?
Si le champ est obligatoire, indiquez une fourchette en brut annuel, jamais un chiffre unique. S’il est facultatif, laissez-le vide : vous n’avez pas encore les informations sur le périmètre réel du poste. La question reviendra à l’oral, où vous pourrez poser la vôtre en retour.
Que faire si l’offre affiche déjà une fourchette ?
Positionnez-vous dans le haut de cette fourchette si votre expérience le justifie, et dites-le : « Votre fourchette va de 40 000 à 48 000, je me situe dans la partie haute compte tenu de mes cinq ans sur un périmètre équivalent. » Une fourchette publiée est une invitation à se placer, pas un plafond à accepter.
Guillaume Coudert