Quel est le niveau d’anglais des Français aujourd’hui ?
Dans son édition 2025, l'indice EF EPI classe la France 38e sur 123 pays avec un score de 539 points, en hausse de 15 points par rapport à l'année précédente.
Le niveau d’anglais des Français fait couler beaucoup d’encre, et rarement pour de bonnes raisons. Année après année, les classements internationaux racontent la même histoire : la France progresse lentement, mais reste dans le ventre mou européen, loin derrière les pays nordiques ou les Pays-Bas. Un paradoxe pour un pays aussi ouvert sur le commerce international, et un vrai sujet pour tous ceux dont la carrière passe, un jour ou l’autre, par la langue de Shakespeare.
Où en sommes-nous réellement, pourquoi ce retard persistant, et surtout comment faire de l’anglais un atout plutôt qu’un complexe ? Tour d’horizon complet.
Ce que disent les classements internationaux
Les grandes enquêtes comparatives, comme l’indice EF EPI qui évalue chaque année des centaines de milliers d’adultes dans le monde, situent régulièrement la France dans la catégorie des pays à compétence moyenne : correcte dans l’absolu, mais en retrait par rapport à la plupart de ses voisins européens. Les pays scandinaves, les Pays-Bas, l’Autriche ou le Portugal caracolent en tête, pendant que la France se classe généralement derrière l’Allemagne, dans le même wagon que l’Italie ou l’Espagne.
Dans le détail, les écarts sont marqués : les jeunes générations, biberonnées aux séries en version originale et aux contenus en ligne, affichent un niveau nettement supérieur à leurs aînés ; les grandes métropoles devancent les zones rurales ; et les secteurs exposés à l’international, conseil, tech, tourisme, luxe, tirent les moyennes vers le haut.
Pourquoi les Français ont-ils du mal avec l’anglais ?
Les causes sont bien identifiées. Il y a d’abord l’environnement audiovisuel : contrairement aux pays nordiques, la France double massivement films et séries, privant les oreilles d’une exposition quotidienne à la langue. Il y a ensuite la tradition scolaire, longtemps centrée sur la grammaire et l’écrit au détriment de l’oral, où l’erreur est sanctionnée plutôt qu’encouragée comme étape normale de l’apprentissage.
S’ajoute enfin un facteur culturel : la peur du ridicule. Beaucoup de Français comprennent bien mieux l’anglais qu’ils ne l’admettent, mais n’osent pas le parler par crainte de l’accent ou de la faute. Résultat : un cercle vicieux où l’on ne progresse pas faute de pratiquer, et où l’on ne pratique pas faute de se sentir légitime.
Comprendre les niveaux : le CECRL décrypté
Pour parler le même langage que les recruteurs et les organismes de formation, référez-vous à l’échelle européenne CECRL. A1 et A2 correspondent à un anglais de survie : se présenter, comprendre des phrases simples. B1 marque le seuil de l’autonomie : se débrouiller en voyage, comprendre l’essentiel d’un échange courant. B2 est le niveau charnière professionnel : participer à une réunion, argumenter, rédiger un mail structuré ; c’est le niveau le plus souvent exigé dans les offres d’emploi à dimension internationale.
C1 traduit une aisance opérationnelle complète, négociation et nuances comprises, et C2 frôle le bilinguisme. Situer honnêtement son niveau sur cette échelle, idéalement via un test récent, évite les malentendus douloureux, comme cet « anglais courant » du CV qui s’effondre à la première question posée en entretien.
L’anglais au travail : indispensable, vraiment ?
Soyons nuancés : tous les postes n’exigent pas un anglais courant, et prétendre le contraire alimente inutilement le complexe national. Des pans entiers de l’économie fonctionnent parfaitement en français au quotidien.
Mais la tendance est claire : dès que l’on vise des fonctions d’encadrement, des groupes internationaux, la tech, ou simplement des outils et des documentations souvent anglophones, la langue devient un filtre. À compétences égales, le candidat opérationnel en anglais accède à un marché plus large : postes à dimension internationale, entreprises étrangères implantées en France, télétravail pour des employeurs européens.
Pour situer ces enjeux de rémunération, jetez un œil à notre analyse du salaire moyen en France et au panorama des métiers les mieux payés : une bonne partie d’entre eux évolue dans des environnements largement anglophones.
Comment progresser efficacement, même après 30 ans
La bonne nouvelle : le niveau d’anglais n’est pas une fatalité génétique, c’est une affaire d’exposition et de pratique. La méthode la plus efficace tient en un principe : un peu tous les jours plutôt que beaucoup une fois par mois. Quinze minutes quotidiennes battent deux heures hebdomadaires.
Concrètement : passez vos séries et films en version originale sous-titrée, d’abord en français puis en anglais ; écoutez des podcasts anglophones sur vos sujets professionnels, l’oreille progresse même dans les transports ; utilisez les applications d’apprentissage pour entretenir la régularité ; et surtout, parlez. Groupes de conversation, collègues bilingues, cours particuliers en visio, assistants vocaux d’IA pour s’entraîner sans jugement : les occasions de pratiquer l’oral n’ont jamais été aussi accessibles.
Le levier trop peu utilisé : la formation financée
L’anglais reste l’une des formations les plus demandées via le compte personnel de formation, et de nombreuses entreprises financent des parcours certifiants. Une certification reconnue de type TOEIC ou Linguaskill objective votre niveau et rassure les recruteurs bien mieux qu’une auto-évaluation optimiste.
Valoriser son anglais en candidature
Sur le CV, bannissez les mentions vagues : indiquez votre niveau CECRL, accompagné si possible d’un score de test récent et d’exemples concrets d’utilisation professionnelle, réunions clients, rédaction de documentation, négociations. Notre guide des informations indispensables sur le CV détaille comment présenter cette rubrique sans survendre ni se brader.
Et préparez-vous à être testé : de plus en plus d’entretiens basculent en anglais sans prévenir, quelques minutes suffisant au recruteur pour jauger votre aisance réelle. C’est l’une des questions pièges classiques de l’entretien d’embauche : mieux vaut l’avoir répétée. Préparez en anglais votre présentation de trente secondes, deux réalisations dont vous êtes fier et vos motivations : l’essentiel des échanges tourne autour de ces bases.
Pour aller plus vite, rien ne remplace l’immersion : quelques jours de séjour linguistique, un tandem avec un collègue anglophone qui veut progresser en français, ou simplement la décision de passer en anglais certains pans de votre quotidien professionnel : notes personnelles, veille métier, réglages de vos outils. L’objectif n’est pas la perfection grammaticale, mais l’aisance : un anglais imparfait mais fluide et confiant vaut infiniment mieux, en réunion comme en entretien, qu’un anglais scolaire parfait et paralysé.
En résumé
Le niveau d’anglais des Français reste moyen à l’échelle européenne, la faute à un environnement peu immersif, à une tradition scolaire tournée vers l’écrit et à une bonne dose d’autocensure. Mais les jeunes générations progressent, et surtout, chacun peut progresser à tout âge avec de la régularité et de la pratique orale.
Sur le marché du travail, l’anglais fonctionne comme un passeport : pas toujours obligatoire, mais terriblement utile dès que l’on veut élargir son horizon. Quinze minutes par jour, une série en version originale et un peu d’audace à l’oral : dans un an, votre profil aura changé de dimension.
Guillaume Coudert