Votre équipe cartonne et vous êtes vidé : 5 signaux d’un management qui épuise
Bons résultats, énergie à zéro ? Benjamin Chaminade, auteur du Guide du management régénératif, livre les 5 signaux d'un management qui épuise, et un test pour faire le point.
Les chiffres de l’équipe sont bons, votre manager est content, et pourtant vous rentrez le soir sans énergie. Pour Benjamin Chaminade, expert franco-australien du management et auteur du Guide du management régénératif (GERESO Édition, mai 2026), ce décalage n’a rien d’une faiblesse personnelle : c’est le symptôme d’un management qui puise dans les équipes au lieu de les régénérer. Voici les cinq signaux à repérer, un test pour faire le point, et ce que vous pouvez faire concrètement.
Management extractif : quand votre énergie sert de carburant
Benjamin Chaminade oppose deux images. La mine, où l’on extrait une ressource jusqu’au bout du filon avant de passer au suivant. Et la forêt, qui se renouvelle d’elle-même. « Si vous poussez vos collaborateurs dans leurs retranchements, avec plus de responsabilités, de projets, de transformations qui commencent alors que la précédente n’est pas terminée, vous les traitez comme un filon », résume-t-il.
Le piège, pour vous, c’est que ce management ne se voit pas dans les résultats. « Une équipe peut afficher des résultats magnifiques, parce qu’elle est intéressée au résultat ou parce qu’elle a peur de perdre son emploi, alors qu’en même temps elle est en train de se vider de son envie de s’engager », explique-t-il. Beaucoup le cachent jusqu’au jour où ça casse : burn-out ou démission.
30%
des managers déclarent ne pas avoir été formés au management (Robert Walters, 2024)
88%
des transformations n’atteignent pas leur ambition initiale (Bain & Company, 2024)
337
pages dans le Guide du management régénératif (GERESO Édition, mai 2026)
Les 5 signaux d’un environnement de travail qui vous épuise
Pour mesurer la santé d’une équipe, Benjamin Chaminade a créé un « indice de vitalité ». Son idée : le turnover ou les arrêts maladie arrivent trop tard, ils « disent qu’il y a de la fièvre, mais pas pourquoi ». Les critères de son indice permettent, à votre échelle, de repérer d’où vient la fièvre.
1. Vous n’osez plus dire qu’un projet ne tient pas la route
C’est le premier critère : la sécurité psychologique. Dans une équipe en bonne santé, « on sait qu’on peut partager des idées, on peut se planter, on peut dire au chef que son projet ne tient pas la route » sans être sanctionné. Si vous vous censurez en réunion, l’environnement est déjà abîmé.
2. Personne ne sait vraiment qui fait quoi
Des process flous, inconnus ou qui changent sans prévenir obligent chacun à compenser. Cette énergie dépensée à deviner ne sert ni votre travail ni votre carrière.
3. Les changements s’enchaînent sans jamais se terminer
Nouvel outil, réorganisation, nouveau process : si la transformation suivante démarre avant que la précédente soit digérée, vous êtes au-delà de ce que Benjamin Chaminade appelle le « plafond » de son donut managérial, la limite à ne pas dépasser. Le problème n’est pas le changement lui-même, mais le rythme et l’absence d’explication.
4. Il n’y a jamais de temps calme après le rush
Dans la nature, les saisons alternent. Benjamin Chaminade plaide pour des périodes plus souples après un trimestre chargé, consacrées à la formation ou au partage de connaissances entre collègues. Si chaque pic est suivi d’un autre pic, votre énergie ne se reconstitue jamais.
5. Vous n’apprenez plus rien
Plus de formation, plus de temps pour se tenir à jour, plus de curiosité : c’est le signal le plus discret, et le plus coûteux pour votre avenir. Benjamin Chaminade distingue l’employabilité, rester compétent pour votre entreprise actuelle, de la durabilité de carrière, rester à l’épreuve de l’avenir quelle que soit l’entreprise.
Question 1 / 6
En réunion, vous pensez qu’une idée de votre manager ne marchera pas. Vous…
Une nouvelle réorganisation est annoncée. Votre première réaction ?
Après un gros rush, que se passe-t-il dans votre équipe ?
Qui fait quoi dans votre équipe ?
Votre dernière formation ou montée en compétence date de…
Un ami cherche un poste dans votre domaine. Vous lui recommandez votre entreprise ?
Ce n’est pas forcément la faute de votre manager
Le réflexe, quand on s’épuise, est d’accuser son manager. Benjamin Chaminade invite à nuancer. La plupart sont, selon lui, « des managers normaux dans un système qui ne va plus ». Il rappelle un chiffre parlant : selon une enquête Robert Walters publiée en 2024, 30% des managers interrogés déclarent ne pas avoir reçu de formation au management. Et il utilise une image : « Quand le plat arrive froid sur la table, on tient pour responsable le serveur, pas le cuistot qui est derrière. »
Votre manager peut donc être un allié plutôt qu’un adversaire. Il subit souvent les mêmes changements que vous, et les dirigeants oublient parfois de lui dire qu’eux aussi les subissent.
Ce que vous pouvez faire dès cette semaine
- Nommer le signal, pas la personne. En entretien avec votre manager, parlez de faits : « Nous avons enchaîné trois changements d’outil depuis janvier, et l’équipe n’a pas eu le temps de se former au dernier. » C’est plus facile à entendre qu’un reproche.
- Demander un temps calme. Après un rush, proposez une demi-journée de bilan ou de partage de connaissances entre collègues. C’est ce que Benjamin Chaminade appelle un « campus de la connaissance ».
- Protéger votre formation. Bloquez un créneau régulier pour apprendre, même court : une vidéo, un podcast, une lecture. Votre durabilité de carrière en dépend.
- Vérifier avant de signer ailleurs. Si vous cherchez un nouveau poste, demandez en entretien combien de projets de transformation sont en cours et comment l’équipe récupère après les périodes chargées. Notre test pour enquêter sur un employeur avant de signer vous aide à préparer ces questions.
Questions fréquentes sur le management régénératif
Qu’est-ce que le management régénératif ?
C’est une approche développée par Benjamin Chaminade dans son Guide du management régénératif. Inspirée de l’agriculture régénérative, elle vise à créer un environnement de travail où l’énergie des équipes se renouvelle au lieu de s’épuiser, sans tout reconstruire : on garde l’existant et on l’adapte.
Quelle différence entre employabilité et durabilité de carrière ?
L’employabilité consiste à maintenir vos compétences pour votre poste et votre entreprise actuels. La durabilité de carrière va plus loin : curiosité, veille sur les tendances, préparation aux évolutions de votre métier, pour rester à l’épreuve de l’avenir quelle que soit l’entreprise.
De bons résultats signifient-ils que l’équipe va bien ?
Pas forcément. Pour Benjamin Chaminade, un bon trimestre obtenu en épuisant les équipes est « un emprunt sur le futur ». Des résultats élevés peuvent cacher une équipe qui tient par peur ou par habitude, et qui craquera plus tard.
Guillaume Coudert