Déconnexion : 56 % des cadres n’y arrivent pas, comment faire
Selon l'Apec, 56 % des cadres peinent à décrocher le soir et 45 % de ceux qui travaillent hors horaires en souffrent. Pourquoi la volonté ne suffit pas, quoi régler.
Plus d’un cadre sur deux (56 %) a du mal à décrocher le soir ou le week-end, et la proportion monte à 64 % chez les moins de 35 ans comme chez les managers, selon les chiffres de l’Apec publiés le 20 juillet 2026. Dans le même temps, 71 % des cadres considèrent le travail comme une source d’épanouissement. Les deux résultats ne se contredisent pas : c’est précisément parce qu’ils s’investissent que 43 % consultent leurs mails professionnels en dehors des horaires, que 36 % en rédigent et que 36 % avancent sur leurs dossiers. Le prix se lit dans la ligne suivante : 45 % de ceux qui travaillent hors horaires estiment que cela nuit à leur santé mentale, et 61 % chez les moins de 35 ans. La déconnexion n’est pas une question de volonté individuelle, c’est une question d’organisation, et elle se règle avec des outils précis.
Déconnexion des cadres : les chiffres 2026
Le communiqué de l’Apec s’appuie sur des données actualisées en juin 2026. La raison principale du travail hors horaires, citée par 60 % des cadres concernés, est la nécessité de faire avancer des dossiers et de respecter les délais. Près d’un cadre sur deux travaille dans une entreprise qui a mis en place des règles de déconnexion, une pratique plus répandue dans les grandes entreprises.
| Indicateur (Apec, juin 2026) | Ensemble des cadres | Moins de 35 ans | Managers |
|---|---|---|---|
| Le travail est une source d’épanouissement | 71 % | 77 % | 79 % |
| Difficulté à décrocher le soir et/ou le week-end | 56 % | 64 % | 64 % |
| Travaillent au moins de temps en temps le soir, le week-end ou en vacances | non publié en ensemble | 76 % | 74 % |
| Consultent leurs mails professionnels hors horaires | 43 % | non détaillé | non détaillé |
| Estiment que ce travail hors horaires nuit à leur santé mentale | 45 % | 61 % | 49 % |
Le contraste entre générations est le résultat le plus frappant : les moins de 35 ans sont à la fois les plus épanouis (77 %), les plus connectés hors horaires (76 %) et ceux qui en souffrent le plus (61 %). Chez les 55 ans et plus, seuls 27 % estiment que le travail hors horaires nuit à leur santé mentale. L’expérience apprend à fermer la porte, ou à ne plus la voir.
56 %
des cadres ont du mal à décrocher le soir ou le week-end
61 %
des moins de 35 ans travaillant hors horaires jugent que cela nuit à leur santé mentale
60 %
invoquent les délais et les dossiers à faire avancer
Pourquoi la volonté ne suffit pas
Le mécanisme est décrit par les cadres eux-mêmes : les dossiers avancent hors horaires parce que les journées ne suffisent pas à tenir les délais. Autrement dit, la connexion du soir compense une charge de travail ou une organisation qui ne tiennent pas dans le temps de travail. Décider de ne plus regarder ses mails sans traiter la charge revient à déplacer le problème au lendemain matin, avec la culpabilité en plus. C’est pourquoi les injonctions à « poser son téléphone » échouent, et pourquoi les règles collectives fonctionnent mieux : elles agissent sur l’attente des autres, pas seulement sur votre discipline.
Le droit à la déconnexion existe en France depuis 2017 pour les entreprises de plus de 50 salariés, par accord ou charte, et la jurisprudence récente que nous décrivions dans notre article sur l’arrêt de la Cour de cassation sur le droit à la déconnexion rappelle que l’employeur doit contrôler la charge de travail, en particulier des cadres au forfait jours. Près d’un cadre sur deux bénéficie déjà de règles dans son entreprise ; la moitié restante peut les demander, et l’entretien annuel est le moment prévu pour le faire.
Cinq réglages qui tiennent dans la durée
Le premier est technique et immédiat : supprimer les notifications de la messagerie professionnelle sur le téléphone personnel, ou séparer les deux appareils. Consulter ses mails reste possible, mais devient un acte volontaire et non une réaction. Le deuxième est la fenêtre de traitement : un créneau fixe le soir, 20 minutes, pour lire et trier ce qui est tombé, puis fermer. Cela répond au besoin de contrôle qui pousse 43 % des cadres à consulter, sans laisser la journée se prolonger jusqu’au coucher.
Le troisième est l’envoi différé. Rédiger un mail à 22 h n’est pas un problème ; l’envoyer à 22 h en est un, parce qu’il impose votre rythme à votre destinataire et installe une norme d’équipe. Programmez l’envoi à 8 h. Le quatrième est l’explicitation : dire à son manager et à son équipe à quelle heure on cesse de répondre, et ce qui justifie une exception (une astreinte définie, un client à l’étranger). Ce qui n’est pas dit est présumé disponible. Le cinquième, pour les managers, est l’exemple : un manager qui envoie des messages le dimanche annule toute charte de déconnexion, même s’il précise « pas urgent ».
Si malgré ces réglages la charge déborde chaque semaine, le sujet n’est plus la déconnexion mais l’organisation du poste, à traiter avec des chiffres (heures réelles, dossiers en retard, causes) lors de l’entretien avec votre responsable. Nos articles sur les signes du burn-out et sur l’engagement au travail en France donnent les repères pour distinguer une période intense d’une situation qui s’installe.
Questions fréquentes sur la déconnexion
Mon employeur peut-il me reprocher de ne pas répondre le soir ?
Non, en dehors d’une astreinte formalisée et rémunérée. Le temps de repos quotidien est de onze heures consécutives au minimum, et le droit à la déconnexion, prévu par le Code du travail pour les entreprises d’au moins 50 salariés, doit faire l’objet d’un accord ou d’une charte. Un reproche fondé sur une absence de réponse hors horaires se conteste.
Le forfait jours autorise-t-il un travail sans limite ?
Non. Le forfait jours dispense du décompte horaire, pas des durées maximales de repos ni du contrôle de la charge de travail, que l’employeur doit assurer par un suivi régulier et un entretien annuel dédié. Un forfait jours sans suivi effectif peut être privé d’effet par le juge, avec paiement des heures supplémentaires à la clé.
Comment aborder le sujet sans passer pour quelqu’un qui en fait moins ?
En parlant de résultats plutôt que d’heures : ce que vous livrez, dans quels délais, avec quelle qualité. Puis en proposant une règle plutôt qu’en demandant une faveur : « je traite les messages jusqu’à 19 h, et je suis joignable sur mon téléphone pour les urgences définies ensemble ». Une règle explicite est plus facile à respecter pour tout le monde qu’un silence interprété.
Guillaume Coudert