Comment déconnecter pendant la période des fêtes ?
Comment déconnecter pendant la période des fêtes ? En fait, c’est pas si évident !
Déconnecter ne veut pas dire fuir son travail
Le premier malentendu est sémantique. Beaucoup de cadres associent la déconnexion à un abandon de poste déguisé, comme si couper impliquait de laisser tomber son équipe. C’est exactement l’inverse. La déconnexion est un acte de gestion des ressources, pas un acte de désengagement.
Une carrière se joue sur des décennies, pas sur une semaine de disponibilité héroïque au mois de décembre. Un professionnel qui revient reposé prend de meilleures décisions, arbitre plus vite et commet moins d’erreurs coûteuses. Un professionnel qui revient épuisé traîne sa fatigue jusqu’au printemps et finit par payer la note sous une autre forme : irritabilité, perte de créativité, désengagement silencieux.
Ce que dit le droit à la déconnexion
En France, le droit à la déconnexion existe légalement depuis la loi du 8 août 2016, dite loi Travail, entrée en application au 1er janvier 2017. Il figure parmi les thèmes obligatoires de la négociation annuelle sur la qualité de vie au travail dans les entreprises dotées d’une représentation syndicale. Concrètement, l’employeur doit définir les modalités d’exercice de ce droit et, à défaut d’accord, élaborer une charte après avis du comité social et économique.
Ce cadre légal est souvent mal connu des salariés eux-mêmes. Il ne s’agit pas d’une simple recommandation de bien-être : il pose le principe qu’un salarié n’est pas tenu de répondre aux sollicitations professionnelles en dehors de son temps de travail. Aucun reproche ne peut légitimement vous être adressé pour un mail non lu un 26 décembre.
Reste que la loi ne fait pas la culture d’entreprise. Dans beaucoup d’organisations, la norme implicite pèse plus lourd que le texte. C’est précisément pour cela que la déconnexion se prépare, se déclare et se défend.
La préparation compte pour la majorité du résultat
Une déconnexion réussie se joue dans les dix jours qui précèdent le départ, pas le jour du départ. Voici la séquence qui fonctionne le mieux.
À dix jours : cartographier ce qui peut brûler
Listez les trois à cinq dossiers susceptibles de générer une urgence réelle pendant votre absence. Pas dix, pas vingt. Trois à cinq. Pour chacun, identifiez qui prend le relais et ce que cette personne doit savoir. Le reste attendra, et c’est très bien ainsi.
À cinq jours : transmettre, sans bâcler la passation
Une passation de vingt minutes en visio vaut mieux qu’un document de huit pages que personne ne lira. Expliquez le contexte, les interlocuteurs, les points de vigilance. Cette clarté est d’ailleurs une compétence comportementale très recherchée, au même titre que les soft skills que les recruteurs valorisent le plus.
À un jour : fermer proprement
Message d’absence explicite avec la date exacte de retour et le contact de secours. Réunions récurrentes annulées ou déléguées. Applications professionnelles retirées du téléphone personnel, ou notifications désactivées au niveau du système. Ce dernier point est décisif : la volonté ne suffit jamais face à une pastille rouge.
Les quatre pièges qui ruinent une coupure
Le mail du matin. Vous vous accordez cinq minutes pour vérifier que rien ne brûle. En réalité, vous rechargez tout le contexte professionnel dans votre tête et vous y repensez pendant six heures. Le coût mental d’une consultation dépasse largement sa durée.
Le téléphone qui reste à portée. La proximité physique de l’outil suffit à maintenir un état de veille. Rangez le téléphone professionnel dans un tiroir, littéralement.
Le collègue trop zélé. Il vous écrit pour une question anodine, persuadé de bien faire. Une réponse et le barrage cède. Une absence claire et assumée coupe court à ce type de sollicitation.
La confusion entre repos et occupation. Enchaîner huit jours de trajets, de repas et d’obligations familiales n’a rien d’un repos. Prévoyez au moins deux plages entièrement vides dans votre semaine.
Construire un rituel de coupure qui tient
Le cerveau a besoin d’un signal net pour changer de mode. Un rituel de fin de mission fonctionne mieux qu’une décision abstraite. Cela peut être un dernier point d’équipe, un rangement complet du bureau, une marche d’une heure le soir du départ. Peu importe la forme, l’important est la régularité et le caractère explicite du geste.
Pour la période des fêtes, ajoutez une règle simple : décidez à l’avance de la seule situation qui justifierait qu’on vous appelle, et communiquez-la. Un incident majeur chez un client stratégique, oui. Un point d’avancement, non. Cette frontière écrite vous protège autant qu’elle rassure vos interlocuteurs.
La déconnexion est aussi un sujet de marque employeur
Côté entreprise, le sujet dépasse largement le confort individuel. La façon dont une organisation gère les congés de fin d’année en dit long sur sa culture réelle. Les candidats le savent et posent désormais la question en entretien, au même titre que la rémunération ou les perspectives d’évolution.
Une politique de déconnexion crédible se voit à trois signes : les managers eux-mêmes ne répondent pas pendant leurs congés, les réunions ne sont pas programmées entre Noël et le jour de l’an, et personne ne reçoit de mail à minuit accompagné d’un smiley d’excuse. Ces éléments pèsent autant que les avantages classiques dans la perception d’une offre. Ils font d’ailleurs pleinement partie de ce que l’on appelle la rémunération globale, ce package qui va bien au-delà du salaire de base.
Pour un candidat, c’est un critère de négociation parfaitement légitime. Au moment de discuter les conditions d’une embauche, l’organisation du temps de travail se négocie comme le reste, ainsi que le montre notre guide pour négocier son salaire à l’embauche.
Reprendre sans se noyer
La reprise détermine rétrospectivement la qualité de la coupure. Une rentrée chaotique efface en deux jours le bénéfice de deux semaines.
Trois principes suffisent. Bloquez la première demi-journée uniquement pour trier, sans aucune réunion. Traitez les mails par lots thématiques plutôt que dans l’ordre chronologique. Et acceptez que certains sujets se soient réglés sans vous, ce qui est une excellente nouvelle plutôt qu’une menace.
Si la reprise fait remonter un malaise plus profond, une lassitude qui ne s’explique pas par la charge, c’est peut-être le signe qu’il faut regarder plus loin que l’organisation du calendrier. Beaucoup de projets de mobilité naissent précisément à ce moment de l’année. Dans ce cas, commencez par remettre à plat vos supports de candidature en vérifiant les informations à faire figurer sur votre CV.
En résumé
Déconnecter pendant les fêtes n’a rien d’un caprice, c’est une compétence professionnelle qui se prépare. Anticipez la passation dix jours avant, réduisez le périmètre des urgences réelles à trois dossiers maximum, coupez les notifications au niveau du système plutôt qu’au niveau de la seule volonté, définissez par écrit la seule raison valable de vous joindre, et protégez votre première demi-journée de reprise. Le droit à la déconnexion existe depuis 2016 : il ne demande qu’à être exercé.
Guillaume Coudert