Les français, toujours aussi nuls en anglais ?

Stranger things wall

Les Français sont-ils toujours aussi nuls en anglais ? La question fait sourire, elle agace parfois, mais elle a une conséquence très concrète sur les carrières : dans un nombre croissant de processus de recrutement, le niveau d'anglais n'est plus une ligne décorative en bas du CV, c'est un critère de sélection à part entière. Voici ce que cela change pour les candidats, et ce que cela dit aux entreprises.

L'anglais, un filtre invisible dans les recrutements

Personne ne vous dira jamais en face que votre candidature a été écartée à cause de votre anglais. Le message officiel sera toujours plus élégant : un profil qui correspondait mieux, une expérience plus proche du poste, un timing différent. Pourtant, dès qu'un poste comporte une dimension internationale, même marginale, la langue devient un filtre silencieux.

Ce filtre agit à trois moments précis. D'abord au tri des CV, quand un recruteur lit la mention du niveau et se demande si elle est crédible. Ensuite en entretien, quand une question anodine bascule soudain en anglais pour tester la réaction. Enfin après l'embauche, quand la première réunion avec une filiale étrangère révèle l'écart entre le niveau déclaré et le niveau réel.

Le point important est là : ce n'est pas tant le niveau qui pénalise que l'écart entre ce qui est annoncé et ce qui est constaté. Un candidat qui annonce un anglais intermédiaire et le tient sera toujours mieux reçu qu'un candidat qui annonce un anglais courant et se fige à la première question. Si vous préparez votre dossier, prenez le temps de relire les informations à faire figurer sur un CV avant de renseigner cette rubrique au hasard.

Ce que les recruteurs évaluent réellement

Contrairement à une idée tenace, un recruteur francophone n'attend pas de vous un accent d'Oxford. Il cherche à répondre à une question beaucoup plus pragmatique : cette personne peut-elle travailler en anglais sans que cela ralentisse l'équipe ?

Trois dimensions sont observées, dans cet ordre. La compréhension d'abord, car un collaborateur qui comprend une réunion peut suivre, apprendre et réagir. L'expression fonctionnelle ensuite, c'est-à-dire la capacité à formuler une idée simple, à poser une question, à demander une précision sans se bloquer. La justesse enfin, qui arrive en dernier et qui pèse beaucoup moins lourd que la plupart des candidats ne l'imaginent.

À retenir : dans la très grande majorité des postes non anglophones, on vous demande d'être compréhensible et réactif, pas irréprochable. La fluidité approximative bat le silence parfait.

Cette hiérarchie explique pourquoi un profil qui ose parler avec des erreurs passe souvent mieux qu'un profil qui construit mentalement chaque phrase avant de l'énoncer. La capacité à se lancer relève d'ailleurs autant du savoir-être que du savoir-faire, un terrain que les recruteurs scrutent de plus en plus, comme le montre le sujet des soft skills les plus recherchées.

Le constat d'origine, et les conseils qui restent valables

Cet article a été publié à l'occasion de la sortie d'un classement mondial qui plaçait la France loin des premiers rangs européens. Le constat de départ et les recommandations pratiques qui l'accompagnaient sont conservés ci-dessous, car ils n'ont rien perdu de leur pertinence.



- Excuse me! Do you speak English?

- Euuuuuuuuh...

Moins bons que les roumains, bien meilleurs que les qataris : les français, à défaut de disposer de ressources folles en hydrocarbures, devraient sans plus tarder se mettre à l'anglais ! 

C'est en tous cas ce que révèle le dernière étude mondiale d'EF Education First, positionnant l'hexagone à la 32ème place des pays maitrisant la langue de Shakespeare. Juste devant nos amis italiens, mais loin derrière nos non-moins-amis hollandais, fiers premiers de ce classement pour la deuxième année consécutive.

Il va falloir s'y mettre ! URGEMMENT ! Et bien que je ne pourrais certainement jamais vous donner de leçons en accent british, apprendre l'anglais n'a jamais été aussi à portée qu'aujourd'hui. Quelques exemples pratiques pour s'y mettre :

  • Prendre un abonnement Netflix et regarder les 2 saisons de Stranger Things en VO (sous-titrée dans un premier temps, sans sous-titres dans quelques mois lorsque vous connaitrez l'histoire par coeur).
  • Changer la langue de votre smartphone, de votre page Facebook, de votre chien et toutes autres choses ou personnes avec lesquelles vous échangez au quotidien.
  • Découvrir de nouveaux lieux pour sortir, à l'idéal prisés par les touristes étrangers. Après quelques bières ou margaritas, l'apprentissage avec vos nouveaux amis devrait être facilité... (Toujours avec modération bien entendu).
  • Swiper tous les profils non-francophones à droite sur Tinder, et ce quels que soient vos critères de recherche. Cela vous aidera probablement à apprendre l'anglais beaucoup plus vite que prévu !👌

Sinon, vous avez toujours la possibilité de prendre des cours chez EF Education First, à l'initiative de l'enquête nous donnant les quelques résultats suivants :

Le classement mondial


Classement mondial EF

L'évolution de la France dans le classement



Le niveau de compétences par région


Le niveau d'anglais selon le sexe



Goodluck!🍀

Les cinq blocages les plus fréquents chez les candidats francophones

1. La peur de mal dire

C'est de très loin le premier obstacle. Une scolarité qui a longtemps sanctionné la faute plutôt que récompensé la tentative laisse des traces. Résultat : beaucoup d'actifs comprennent correctement mais refusent de parler, ce qui donne l'impression d'un niveau bien inférieur à la réalité.

2. Le vocabulaire scolaire plutôt que professionnel

Savoir décrire sa maison ne sert à rien en réunion. Le vocabulaire utile est celui de votre métier : une centaine de termes bien choisis couvrent l'essentiel des échanges d'un poste donné. C'est un investissement bien plus rentable qu'un cours généraliste.

3. L'absence totale d'exposition quotidienne

Une heure de cours par semaine ne compense pas six jours sans le moindre contact avec la langue. La régularité prime sur l'intensité, toujours.

4. La confusion entre comprendre et produire

Comprendre une série est passif. Parler est actif. Beaucoup de candidats progressent en compréhension puis stagnent, faute de jamais produire une phrase à voix haute.

5. La sur-déclaration sur le CV

Annoncer un niveau bilingue quand on est intermédiaire est le meilleur moyen de transformer un entretien prometteur en moment gênant. Mieux vaut annoncer juste et prouver.

Une méthode réaliste pour progresser en six mois

Progresser en anglais professionnel ne demande pas de tout arrêter pour partir en immersion. Cela demande une routine tenable, répétée, et orientée vers votre usage réel.

Semaines 1 à 4 : réactiver l'oreille. Quinze à vingt minutes par jour d'écoute active, sur des contenus de votre secteur. Podcasts métier, conférences, tutoriels. L'objectif n'est pas de tout comprendre mais de réhabituer le cerveau au rythme et aux sons.

Semaines 5 à 12 : construire son lexique métier. Notez chaque semaine dix à quinze expressions réellement utiles à votre poste, et rien d'autre. Un chef de projet, un commercial et un développeur n'ont pas besoin du même anglais. Cette spécialisation accélère fortement les résultats.

Semaines 13 à 26 : produire. C'est l'étape que la plupart des gens sautent, et c'est celle qui fait la différence. Conversations régulières avec un partenaire d'échange, présentations de cinq minutes enregistrées puis réécoutées, réponses écrites à des mails fictifs. La production, même imparfaite, est la seule chose qui transforme un niveau passif en niveau utilisable.

Cas pratique. Un candidat en reconversion vers un poste marketing dans un groupe international consacre vingt minutes par jour à des podcasts de son secteur, note dix expressions par semaine et enregistre une présentation orale de cinq minutes tous les quinze jours. Au bout de six mois, il ne parle pas parfaitement, mais il tient une réunion sans se figer. En entretien, c'est exactement ce qui est attendu.

Comment afficher son niveau d'anglais sans se griller

Bannissez les formules floues du type notions ou scolaire, qui ne renseignent personne. Préférez une échelle reconnue et une preuve d'usage. Indiquez le niveau, puis le contexte dans lequel vous l'avez pratiqué : réunions hebdomadaires avec une équipe étrangère, rédaction de comptes rendus, support client international, séjour d'études. Le contexte vaut mieux qu'un adjectif.

En entretien, ne mentez jamais. Si votre niveau est intermédiaire, dites-le et enchaînez immédiatement sur ce que vous faites pour progresser. Cette réponse est infiniment plus solide qu'une esquive, et elle rejoint la logique de préparation que l'on retrouve face aux questions pièges en entretien d'embauche.

Dernier point souvent négligé : l'anglais a une valeur économique. Sur de nombreux postes, il ouvre l'accès à des périmètres internationaux, donc à des grilles de rémunération plus larges. C'est particulièrement visible dans les fonctions qui figurent parmi les métiers les mieux payés en France, où la dimension internationale est fréquente.

Vous êtes RH ou dirigeant et le niveau d'anglais de vos équipes freine vos projets internationaux ? C'est souvent moins un sujet de formation qu'un sujet de culture interne et de marque employeur. Découvrez notre approche ou réservez un échange.

Côté entreprise, l'anglais est aussi un sujet de marque employeur

Les entreprises se plaignent volontiers du niveau d'anglais des candidats, mais elles créent rarement les conditions de la pratique. Exiger un anglais courant à l'embauche puis n'offrir aucune occasion de le pratiquer pendant deux ans revient à laisser une compétence se déliter, puis à s'en étonner.

Trois leviers simples changent la donne. Rendre la pratique visible, en instaurant par exemple une réunion mensuelle en anglais assumée comme un espace d'entraînement, où l'erreur est acceptée. Financer une pratique orale plutôt que des plateformes en libre-service que personne n'ouvre après trois semaines. Valoriser enfin les collaborateurs qui progressent, plutôt que de ne récompenser que ceux qui étaient déjà bilingues.

Pour un employeur, savoir dire honnêtement où en est l'entreprise sur ce sujet est aussi un signal d'attractivité. Les candidats préfèrent une entreprise qui annonce un anglais imparfait mais un vrai accompagnement à une entreprise qui promet un environnement international et se révèle franco-français.

En résumé

Non, les Français ne sont pas condamnés à être nuls en anglais. Ils sont surtout freinés par une peur de l'erreur héritée de l'école et par un apprentissage rarement branché sur leur usage professionnel réel. Pour un candidat, la priorité est claire : viser l'anglais fonctionnel de son métier, s'exposer un peu chaque jour, produire régulièrement à l'oral et annoncer un niveau honnête et documenté sur son CV. Pour une entreprise, l'enjeu est symétrique : créer des occasions de pratiquer plutôt que d'exiger un niveau que rien n'entretient. Dans les deux cas, le progrès vient de la régularité, pas du talent.

À propos de Guillaume COUDERT

Fondateur de l'agence InfluenceuRH, Guillaume Coudert accompagne les entreprises sur leurs enjeux RH depuis 2009. Expert multi-facettes, il partage son temps entre le conseil stratégique, l'enseignement et l'influence RH.

Co-auteur des ouvrages : "Marque Employeur, mode d'emploi" et "Manager la Génération Z".

Retrouvez-moi sur :