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La vie au travail

Près de la moitié des employés prennent du poids au travail

Près d’un salarié français sur deux affirme avoir pris du poids depuis son entrée dans la vie active.

Guillaume Coudert Guillaume Coudert 7 min de lecture
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Ce que disent les chiffres

Une étude de CareerBuilder a mis en lumière cette tendance, que la sédentarité, le télétravail et le stress n’ont fait qu’accentuer ces dernières années.

Ce qui frappe dans ces données, ce n’est pas tant l’ampleur du phénomène que sa cause dominante. Le premier facteur cité n’est pas l’alimentation en tant que telle, mais l’organisation de la journée de travail.

Le manque de mouvement, coupable numéro un

Passer des journées entières derrière un écran, sans bouger, favorise la prise de poids et la fatigue mentale. Le corps humain n’est pas conçu pour rester assis huit heures d’affilée, et l’immobilité prolongée agit sur bien plus que la silhouette : elle dégrade la concentration, la qualité du sommeil et l’humeur.

Le problème s’est aggravé avec la disparition des micro-déplacements. Avant, on se levait pour aller voir un collègue, pour chercher un document, pour rejoindre une salle de réunion à l’autre bout du bâtiment. Ces gestes anodins représentaient une part non négligeable de l’activité physique quotidienne. La messagerie instantanée et la visioconférence les ont largement effacés.

Le déjeuner devant l’écran est le symptôme le plus visible de cette dérive. Il combine trois effets : l’absence de pause réelle, la sédentarité prolongée et une alimentation non consciente, puisque l’attention est ailleurs.

Le stress, l’autre moteur silencieux

Le grignotage de compensation

Le stress chronique modifie le rapport à l’alimentation. Manger devient un régulateur émotionnel accessible et immédiat, disponible à toute heure dans le distributeur du couloir ou le placard de la cuisine. Ce n’est pas un manque de volonté, c’est une réponse physiologique et psychologique documentée.

La dette de sommeil

Les journées à rallonge et l’hyperconnexion du soir dégradent la durée et la qualité du sommeil. Or le sommeil joue un rôle central dans la régulation de l’appétit et de l’énergie. Un salarié qui dort mal se retrouve donc doublement pénalisé : moins de ressources pour bouger, plus de besoin de compenser.

L’absence de frontière

Quand la journée ne se termine jamais vraiment, il n’y a plus de moment dédié à autre chose que le travail. Le sport, la marche, la cuisine deviennent les premières variables d’ajustement. C’est mécanique.

Le télétravail, faux coupable et vraies mauvaises habitudes

Il serait simpliste d’accuser le travail à distance. Le télétravail supprime le trajet, ce qui peut libérer du temps pour bouger, et donne accès à une cuisine plutôt qu’à un distributeur automatique. Le problème n’est pas le lieu, c’est l’absence de rituels.

À domicile, rien ne marque le début et la fin de la journée, rien n’oblige à se lever, et la distance entre le bureau et le réfrigérateur se compte en secondes. Les entreprises qui accompagnent réellement le télétravail, en formant les managers à respecter les plages de déconnexion et en évitant les réunions collées les unes aux autres, observent des effets très différents de celles qui se contentent de l’autoriser.

Ce que le salarié peut changer sans bouleverser sa vie

L’objectif n’est pas de suivre un programme contraignant, mais de réintroduire du mouvement et des frontières là où le travail les a effacés.

Sortir pour déjeuner, même vingt minutes. Quitter physiquement son poste est le geste le plus rentable de la journée. Il restaure une pause réelle et remet le corps en mouvement.

Transformer certains appels en marche. Les points téléphoniques qui ne nécessitent ni écran ni prise de notes peuvent se faire debout ou en marchant.

Imposer une transition de fin de journée. Un trajet à pied, une course, un détour : n’importe quel rituel qui sépare le temps professionnel du temps personnel.

Traiter les réunions comme des créneaux, pas comme un mur. Réserver cinq minutes entre deux visioconférences permet de se lever, boire, respirer.

Si ces symptômes s’accompagnent d’une fatigue persistante, d’une perte de motivation ou d’un mal-être durable, il est important d’en parler à un professionnel de santé ou à la médecine du travail. La prise de poids n’est parfois que le signal le plus visible d’un épuisement plus profond.

Ce que l’entreprise peut faire, au-delà du panier de fruits

Face à ce défi de santé publique, de plus en plus d’organisations s’emparent du sujet pour améliorer leur marque employeur : installation de salles de sport, challenges de pas, menus équilibrés à la cantine. Ces initiatives sont utiles, mais elles restent cosmétiques si l’organisation du travail, elle, ne bouge pas.

Les leviers réellement structurants sont ailleurs :

Protéger la pause déjeuner. Interdire les réunions sur le créneau de midi coûte zéro euro et produit plus d’effet que n’importe quel abonnement sportif financé.

Réduire le volume de réunions. Chaque réunion supprimée est du temps rendu, donc de la marge pour bouger et pour souffler.

Former les managers à repérer la surcharge. La prise de poids liée au stress est un indicateur parmi d’autres d’une charge mal répartie.

Aménager les espaces. Bureaux assis-debout, escaliers rendus accessibles et agréables, salles de réunion sans chaises pour les points courts.

Ces avantages font partie intégrante de ce que perçoit réellement un collaborateur. Ils s’inscrivent dans une logique de rémunération globale, qui dépasse largement la ligne du salaire brut.

Pourquoi c’est un vrai sujet de marque employeur

La santé au travail est devenue un critère de choix, en particulier chez les candidats qui ont vécu un premier burn-out ou observé celui d’un proche. Elle est aussi l’un des sujets sur lesquels l’écart entre le discours et la réalité se mesure le plus vite.

Un candidat averti ne demandera pas si vous avez une salle de sport. Il demandera si les réunions débordent sur la pause déjeuner, si les managers envoient des messages le soir, si les congés sont réellement pris. Ces questions font partie de l’arsenal des candidats aguerris, au même titre que les questions posées en entretien d’embauche.

Répondre honnêtement à ces questions, y compris en reconnaissant ce qui n’est pas encore réglé, est infiniment plus efficace qu’une communication lisse. C’est aussi ce qui permet de recruter des profils dont les soft skills se déploieront durablement plutôt que de s’épuiser en dix-huit mois.

En résumé

Si près d’un salarié sur deux prend du poids depuis son entrée dans la vie active, ce n’est pas d’abord une affaire de volonté individuelle. C’est la conséquence d’un travail devenu assis, continu et sans frontières, où le déjeuner se prend devant un écran et où le stress sert de carburant.

Côté salarié, les leviers les plus efficaces sont les plus simples : sortir déjeuner, remettre du mouvement dans la journée, restaurer une transition en fin de journée. Côté entreprise, la vraie réponse n’est pas un équipement supplémentaire mais une organisation du travail qui laisse de la place au corps et au repos. C’est à cette condition que le sujet devient un argument de marque employeur crédible, et non un élément de décor.

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